Il est parfois de simples choses qui
rendent la vie merveilleuse. Voir les yeux d'éternel enfant de
Steven Spielberg s'illuminer tel le sapin de Noël du Rockefeller
Center quand on lui a enfin donné le feu vert pour réaliser l'un de
ses rêves humides, et qu'en plus il aurait pour ça le budget d'un
petit Etat d'Europe centrale fait certainement partie de ces petits
miracles du quotidien dont Hollywood seul détient la clé (et
probablement les droits de publication).
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| Des soldats tout propres et racialement équitables: on est bien chez tonton Steven. |
Admirez donc, car il est revenu parmi
nous après avoir chassé une armada de vampires cet été (et alors,
j'en connais qui vont camper à la Baule, chacun son truc), Lincoln
dans toute sa splendeur barbue, ridée et voutée. D'accord, drôle
de choix pour une hagiographie, mais Spielberg a choisi de se
concentrer sur une période bien précise de l'histoire américaine,
et justement celle où Lincoln avait bien besoin d'un séjour full
spa et thalasso après un harassant mandat qui se résumait à :
guerre civile et guerre civile. La guerre de Sécession fait donc
toujours rage en ce début de 1865, et Lincoln et son Etat-Major se
plaignent de leurs rhumatismes
sont bien décidés à y mettre le holà. En planifiant l'une des
batailles majeures et bien documentées qui ont vu la victoire de
l'Union, me direz-vous ? Que nenni, messieurs, au diable tension
dramatique et action prenante ! Ici nous parlons avant tout de
faire passer un amendement à la Chambre des Représentants visant à
émanciper dans un futur proche (mais pas tant que ça) les esclaves
du Sud, force de travail et pourvoyeurs de ressources involontaires
de la Confédération.
Et
c'est bien là que le bas blesse. Car si je n'ai rien contre un cours
d'Histoire (notez le grand H) bien ficelé, bien joué (la majeure
partie du pharaonique budget a été mangée par le casting), il faut
que le metteur en scène rende la chose exaltante, ou tout du moins
plus vivante qu'une visite guidée des répliques de cire desdits
grands hommes de l'Histoire. Or ici à mon opinion Spielberg commet
la même tragique erreur que son comparse et ami de toujours George
Lucas en 1999 : tomber amoureux fou de son projet (ergo :
de lui-même) et dans un souci de développement personnel apporter
un soin tel aux détails que l'on en oublie le tableau général. Au
même titre que La
Menace Fantôme,
Lincoln
est donc miné par de vrais problèmes de rythme absolument
handicapants, et bien que le pont de discussion central soit
intéressant et important, on nous montre plus souvent un magnifique
plan rapproché d'une exquise marine XIXe ou d'une horloge qui si,
si, on vous l'assure, est bien la même que celle que papi Abe avait
sur son bureau à la même époque.
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| Parfois on n'a juste pas le courage de ranger sa chambre. |
Du
coup ce qui devait être un poignant discours sur les libertés
individuelles et l'importance d'embrasser les pieds de cette bêcheuse
de Statue de la Liberté se transforme en une insoutenable logorrhée,
et malheureusement le spectateur moyen dont votre serviteur fait
partie passe plus de temps à regarder sa montre (qui n'est pas
d'époque victorienne à mon plus grand désarroi) où à se moquer
de la mine de cocker déconfit de ce pauvre Tommy Lee Jones affublé
d'un toupet probablement historiquement véridique, mais non moins
ridicule au plus haut point.
Spielberg
passe donc un autre film dans sa bulle, nous laissant en-dehors,
confus et désemparés devant la longueur de métrage restante, dont
la grosse moitié sera à coup sûr dédiée à décrire
amoureusement les feuilles d'acanthe du papier peint de l'antichambre
du bureau ovale, sous nos ronflements ébahis. C'est certes beau,
mais ça a le charme futile d'un fond d'écran. Si il voulait qu'on
reste, il fallait tout simplement nous transmettre un peu de cette
passion pour ce personnage haut en couleurs qu'était le 16e
Président des Etats-Unis d'Amérique, que Spielberg possède
indubitablement, et encore plus sûrement garde solidement
verrouillée dans un coffre-fort loin de nos yeux.
Retour
au candélabre passé à l'or fin de la salle à manger de la Maison
Blanche, donc.
Bonsoir.
Rick
Randall
Nb :
Rien à dire en revanche en ce qui concerne les acteurs, qui
s'engagent dans un magnifique duel de grimaces trahissant un souci de
transit intestinal, ce qui pourrait aussi s'avérer historiquement
fondé.
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| En Bonus, la prochaine couv' de 30 millions d'amis. D'aaawwwww... |
VERDICT: A voir en 3D pour pouvoir enfin manipuler le tisonnier style George IV de la scène 16, ou pour les nostalgiques d'"où est Charlie?" qui se régaleront à chercher la tension dramatique dans tout ce fatras.

