Rick Randall et Rock Willis vous parlent culture
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04 octobre 2012

FEFFS: Safety not Guaranteed, bien moins risqué que son titre ne le laisse croire




Rien de tel qu’un film sur le voyage temporel pour boucler le festival. En effet on a presque envie de revenir au début pour profiter de la programmation foisonnante et sur l’ensemble intéressante qui nous a été proposée cette année, et dont je n’ai pu couvrir qu’une rachitique portion. Malheureusement on cherchera ailleurs machines bizarres et savants fous, ici c’est un film « réaliste », autant que faire se peut dans une histoire somme toute fantastique (le voyage temporel est définitivement impossible, d’après les têtes d’œuf mondiales).
Ils faisaient des duels de regard avant que ça soit hype.

On suit donc les aventures croisées de Darius (Aubrey Plaza), Arnau et Jeff (Jake Johnson), trois jeunes journalistes franco de porc et on ne peut plus stéréotypés : dans l’ordre, la rebelle indépendante et sarcastique, l’ado attardé coincé et le pur cafard. Avec ces personnages, le réalisateur tente le tour de force de nous impliquer dans leurs tracas quotidiens. Réussi ? Mmmh, à moitié. On trouve de l’intelligent comme du pur cliché de bas-fonds dans ce scénario, qui se veut avant tout épiphanique pour ses protagonistes : l’un aura une révélation sexuelle, l’autre sera tourmenté par l’amour alors que jusque-là il était superficiel, et la troisième… ben en gros c’est là que le film perd son intérêt.
 L’histoire de Darius, qui enquête sur une petite annonce garantissant un voyage temporel, tombe dans le pur feel good movie des années 2010 : Kenneth
Écouter la moisissure des planches est plus instructif que ce film.
(Mark Duplass, réalisateur d’autres niaiseries bobo-lénifiantes), le supposé « chrononaute », est sous ses dehors bizarres l’homme parfait : à la fois fort et fragile, mystérieux, assumant ses blessures… Je suis presque étonné de ne pas voir Johnny Depp ou DiCaprio ici. Et du coup tout le suspense fiche le camp : finis les doutes sur la santé mentale d’un type qui vit dans les bois et est persuadé de pouvoir remonter le temps, bonjour bluette, guitare et feu de camp et passés troubles qui jettent Darius, présentée plus tôt comme une imbuvable snobinarde un esprit libre, dans les bras d'un type qui dans la vraie vie serait inquiétant au plus haut point.
Du coup, on a un peu l’impression que le pauvre scénariste essaie de ramener l’histoire sur ses rails en imbriquant de petites touches intelligentes concernant la possibilité ou la réalité du voyage temporel. Jeff, le priapique superficiel, remonte par exemple à sa façon le temps en retrouvant son innocence dans les bras d’un ancien amour d’été. Ce segment, amené de façon subtile, est à lui seul, dans ses 10 minutes, plus intéressant et malin que la grosse moitié du film concernant les atermoiements austeniens de Darius et Kenneth.
N’allez donc pas voir ce film avec de fausses attentes : ici on a bien, dans le cœur, et malgré quelques pointes de génie, une famélique romance entre deux « weirdos » comme il en sort, depuis l’ère internet qui a popularisé le personnage tragi-comique du geek trop vite grandi, deux douzaines par an aux États-Unis. Une séance confortable, voire pépère vous attend au tournant, ce qui parfois s’avère fort sympathique, mais loin d’être émotionnellement ou visuellement significatif.

Bonsoir.

                                                                                                          Rick Randall


NOTE : Mon ordinateur ayant rendu l’âme, ce billet sort avec un retard monstre. Mais bon, c’est vrai aussi qu’il fut dur de parler d’un film qui m’a laissé une aussi faible impression.

VERDICT: A voir en prenant un bon café issu du commerce équitable, emmitouflé dans son keffieh sur son canapé modèle "Brüknarp" de chez Ikea, la carte d'abonnement Vélib' bien au chaud au fond de la poche.

22 septembre 2012

FEFFS: New Kids Nitro, les barbants du Brabant



Suite d’un produit dérivé d’une série à sketches néerlandaise rachetée en 2004 par Comedy Central (rangez-moi ces aspirines, c’est parfaitement clair comme résumé), New Kids Nitro est déjà bien loin de faire rêver sur le papier. Pourtant, l’exploration des travers de la jeunesse rurale et complètement ringarde des Pays-Bas recèle un certain potentiel, qui nécessite comme tout concept comique un talent dingue et un doigté exceptionnel pour produire quelque chose d’ à la fois drôle et intemporel. Malheureusement, vous l’aurez compris, ce film ne remplit ni l’une, ni l’autre de ces catégories.
La drague à la flamande: un grand classique des winners.
Mais débarrassons-nous vite de l’ « histoire » pour que j’en arrive à ma diatribe biliaire habituelle. Après leurs déboire avec la justice, les New Kids, estampillés beauf Label Rouge, se retrouvent empêtrés dans une rivalité montante entre leur village, Maaskantje (ô comme ce nom fut crié dans la salle bondée par les fans du premier opus) et le trou à rats voisin répondant au doux nom de Schijndel (je n’essaierais pas de le prononcer si j’étais vous, seul un flamand peut le faire  sans risque d’hospitalisation). Sur ces entrefaites, une météorite se met à transformer les bouseux du coin en zombies cannibales : le gouvernement, désemparé, n’a de choix que de tirer nos compères de leurs petites rixes pour les envoyer en libérateurs surarmés de la fière Hollande.

Un des 198 group shots du film, le seul probablement significatif.
Forçant au burin un maximum de blagues à la fois puériles et de mauvais goût pour atteindre la durée famélique de 66 minutes, cette nouvelle fournée des mésaventures de cinq jeunes de la cambrousse qui entoure Eindhoven pâtit de ce que j’appellerais l’ effet soufflé. Ce que j’entends par là, c’est qu’en bande-annonce potache et parodique de deux minutes, ça passe, en sketches découpés à la télé, à la limite pourquoi pas, mais ces Kids là, contrairement à celui de Chaplin n’ont rien à faire sur grand écran. Et pour combler leur embarras d’être là, nous gratifient donc de scènes de remplissage gratuites, de cabotinage comme j’en ai rarement vu jusqu’ici (à part chez un certain… Michaël Youn) et de gags visuels cruels qui se veulent au Xème degré, mais qui manquent l’étincelle créative qui leur permettrait de fonctionner : du coup, le film se dégonfle de lui-même à vouloir trop en faire.
Ce qui compte avant tout dans une comédie, c’est la touche d’humanité ou de sincérité que l’on peut lire en creux, même dans les films aux gags les plus idiots ou lourdingues (cf. ma chronique d’Iron Sky). Être drôle, surtout au cinéma, requiert un énorme travail de réflexion en plus de l’habituelle auto-dérision : pousser le grotesque et le ridicule toujours plus loin ne fait avancer aucun schmilblick, et crie bien au contraire à la face du monde le besoin désolant d’attention de la part de gens que le cinéma n’intéresse au fond que fort peu, pourvu que l’on puisse « surfer » sur la vague ironico-internet du moment (ce que bien entendu votre serviteur se garde de faire…hem).
 En bref, c’est long pour ce que c’est, on s’ennuie souvent et le fond inexistant est on ne peu plus déprimant. Pourtant c’est extrêmement populaire, à en juger par les rires nombreux et les applaudissements nourris qu’a reçu le film lors de la séance, ce qui souligne une tendance à un humour premier degré et artificiel très inquiétante, entamée par le show Jackass ou encore la série des «(insérer un genre de film ici) Movie ». Parodie sans affection n’est que pure méchanceté.

Bonsoir.

                                                                                                       Rick Randall

Note (authentique): L'Iran a banni en 2010 sous peine de poursuites pénales, la coiffure "mullet" (nuque longue) chez les hommes comme chez les femmes. La lutte est donc en marche.

 VERDICT: A voir pour la bande-son purement 90's qui vous rappellera les soirées camping "Les Flots Bleus", sortie A15 direction Alençon, ou si vous voulez une autre version de "l'agraire et les mulettes", d'Abdellatif Kechiche.

21 septembre 2012

FEFFS: Iron Sky, croix gammée et rayons gamma



Faites passer le mot : les nazis ont la cote. La formule est choc, mais la salle était bel et bien bourrée à craquer pour la projection d’Iron Sky à une heure pourtant bien tardive. C’est donc dans une ambiance joyeuse que se sont déroulées les 90 minutes pas mal barrées de cette comédie satirique acide et cinglante, placée sous le signe de l’hyperbole potache.

Petit projet indépendant finlandais devenu très costaud grâce aux fonds européens et à la magie d’Internet, Iron Sky prend la forme d’une main de fer dans un gant de fer : autant l’aspect visuel, travaillé aux limites d’un budget relativement important (6M d’euros) mais ridicule en comparaison à un blockbuster hollywoodien moyen que le script mordant et parfois tordant en font une sort d’hybride improbable d’esprit frondeur franchement indie et d’affichage d’influences du cinéma à spectacle ricain.
They Came From Düsseldorf ! ! !
Rassurez-vous, à l’intérieur c’est tout aussi graveleux et savoureux, jugez plutôt : en 2018, les nazis, qui s’étaient réfugiés tout ce temps sur la face cachée de la lune (les galopins), préparent l’invasion de rien moins que la terre entière, au travers d’une méthode éprouvée : le Meteorblitzkrieg. Découvrant par hasard  cet infâme complot, l’astronaute afro-américain James Washington va devoir traverser un tas d’épreuves pour faire échouer l’instauration du IVe Reich, heureusement "aidé" dans cette tâche par la Présidente des États-Unis, pastiche de Sarah Palin sous amphet’ en mal de reconnaissance politique.
A partir de ce prémisse, tout peut partir en vrille. Et croyez-le ou non, nos amis du froid se sont fait plaisir. Si l’aspect satirique est parfois très juste et même pointu, il tape aussi souvent sous la ceinture d’un Oncle San déjà plus bas que terre. On nous sert aussi au menu un commentaire sur le racisme complètement tordu dans sa morale, une guerre spatiale épique, un clin d’œil à Dr.Folamour et son apocryphe scène de bataille de tartes à la crème à l’ONU, des ralentis de politiques en train de faire un elbow drop à rendre jaloux Triple H, bref, on a guère le temps de souffler. Des effets spéciaux modestes mais spectaculaires pour leur budget et un casting à l’épreuve des balles (hilarant retour de la mascotte warholienne Udo Kier, qui n’est jamais loin quand on parle de nazis) viennent parachever ce paradigme du portnawak bas du front mais tellement, tellement réjouissant.
Le Nouvel Ordre Mondial sera fashion ou ne sera pas.
D’autant plus que le film, comme dit précédemment, se met en danger en s’attaquant au travers des nazis à la sacro-sainte bannière étoilée, tout en proposant une lecture formelle purement originaire d’Outre Atlantique. A la fois téméraire et terriblement hypocrite, l’équipe du film passe entre les mailles du filet et savoure jusqu’à la dernière miette la victoire un brin revancharde de l’Europe McDonaldisée sur les Mcdonaldiseurs.
Un indispensable du fun le plus primaire malgré des gags qui tombent parfois à plat, Iron Sky mérite sa réputation d’audace et d’ambition mélangées, et à mon avis plusieurs visionnages, pour bien se rendre compte que parfois sous l’action primaire se cache une lecture sardonique de la grandeur et de la décadence du libéralisme reaganien. Et puis ça fait toujours plaisir quand on reconnait que l’ONU est une organisation paresseuse, menteuse et incompétente, quand bien-même ce serait seulement à moitié vrai.

Bonsoir.

                                                                                         Rick Randall



  VERDICT: A voir après une cuite au schnaps et un bon double-cheese, ou si on n'a rien contre un peu d'humour qui fait des taches. De gras.

FEFFS: Resolution, embrouilla-très-mini



Aaron Moorhead et Justin Benson, le duo bricolo qui s’est occupé de A à Z de Resolution, sont des gens éminemment sympathiques. Fauchés mais malins, compétents mais pas  sérieux pour un clou, ils affichent un dynamisme bon teint et un vrai enthousiasme envers ce qu’ils considèrent plus que légitimement comme leur bébé.
Une fois encore, l'affiche ricaine est vachement mieux.
Pour la démarche difficile de réaliser de bout en bout un long-métrage qui tient la route avec un budget de  trois bouts de ficelle et d’une cabane familiale moisie, j’aurais bien envie de les noyer sous une avalanche de compliments. Cependant pauvreté des moyens n’excuse pas tout : sous des dehors créatifs et engageants, Resolution accuse le coup quand il s’agit de se pencher sur le contenu.
Michael, graphiste sympathique et futur papa, reçoit une mystérieuse vidéo de la part de son vieil ami Chris, un junkie marginal qui passe son temps dans les bois à l’est de San Diego à chasser le dragon et se consumer à petit feu. Il décide alors de venir au secours de son ami, enfermé dans une spirale qui l’entraîne petit à petit hors du monde. Réfugiés dans une petite masure en contreplaqué dans les bois, les deux compères vont à la fois devoir à la fois résoudre leurs ressentiments mutuels, leur haine de soi profonde en chacun mais s’exprimant différemment mais aussi et surtout faire face aux occupants de ces bois et à une menace pesante se manifestant au travers d’étranges documents que Mike va devoir collecter.
Le secret de Pipacrack Mountain.
Posé à la croisée des chemins entre surnaturel, drame intimiste et comédie absurde et ironique, ce petit film indé a tout pour plaire et prend le pari de ne pas choisir un genre prédéfini. Pourtant quand il s’agit de l’exécution, on sent que le parti-pris devient tiraillement, et l’on assiste vite à plusieurs couacs qui accumulés posant un grand tort au film. Entre scènes brouillonnes, dialogues d’exposition complètement clichouilles, caméra à l’épaule à vous coller la tête dans une bassine et dialogues à rallonge, le film se fait moins engageant sur le résultat que sur le papier, et prend parfois des chemins scénaristiques incongrus, sous la forme de longueurs franchement indigestes ou au contraire d’ellipses nanardes (l’escalade dans la violence de l’un des personnages complètement occultée, lui fait passer de calme avertissement à carnage meurtrier en l’espace de deux scènes), j’ai eu un peu de mal à en voir le bout, qui d’ailleurs est comme dans toutes les productions indé en queue-de-poisson.
Apposer un verdict arbitraire me serait donc inconcevable, tant Resolution, à l’instar de son pitch, part dans touts les sens, pour le meilleur (le duo principal, la photographie, les subtils effets spéciaux) comme le pire (l’écriture parfois au plomb, parfois à la plume de colibri, des personnages secondaires qui paraissent passer dans le champ plus qu’autre chose).
Une sorte de mille-feuilles indé à la sauce pas-un-rond donc, qui peut se draper dans sa vertu de premier film pour nous faire avaler ses couleuvres, sous prétexte que les auteurs « se cherchent encore », d’autant plus que ceux-ci ont un réel potentiel à exploiter. Finalement, on a presque plus envie de voir leur prochain exercice, au propre cette fois.

Bonsoir.
                                                                              Rick Randall


 VERDICT: A voir pour passer un bon moment, puis faire une sieste, puis passer un bon moment, puis faire une sieste, puis passer un...

19 septembre 2012

FEFFS: Excision, tripes à la mode de Caïn




            Ha. Haha. Hahahahaha. Mouahahahahaaaaa ! MOUAHAHAHAHAAA ! … Pardon. C’est juste que le visionnage même de ce film est aussi difficile que d’en écrire une critique sans tomber dans la tirade dithyrambique ou le chapelet d’insultes le plus primaire. Ce long métrage… est bipolaire. Ou schizophrène. Ou Dieu sait quoi d’abominable et de libérateur à la fois. On suit donc les pérégrinations dichotomiques de Pauline, ado de 18 ans au sein de sa vie quotidienne, partagée entre le lycée et sa famille. Jeune femme au physique ingrat et au comportement bizarre, elle ne se sent à sa place vraiment nulle part, et renfermée sur elle-même, tisse un canevas psycho-sexuel très.. personnel.
C'est la représentation la plus soft de l'obsession de Pauline pour la viande plus que bleue
            Les séquences de fantasme, qui ponctuent régulièrement l’intrigue, sont hautement stylisée et d’une crudité jubilatoire. Analynne McCord, qui joue le rôle principal, réussit l’exploit d’être parfaitement répugnante tout en étant profondémént sensuelle : Pauline, dans sa gaucherie touchante et ses extrapolations malsaines, est un personnage troublant qui jette un pavé dans la mare de la frontière entre folie pure et malheurs adolescents. Cette sociopathe fait vrai, dans un film qui se veut volontairement over the top : encore une fois, la dialectique offerte ici est dérangeante. Mais là où on bascule dans l’inconfort total, c’est quand l’intrigue souffle un peu et se paie le luxe de nous faire rire (le père de famille, joué par Roger Bart, a des réactions impayables à ce qui se passe autour de lui), avant de nous exposer à une violence crue et fortement sexuée : exposé à une tonne de stimuli contraires, le public dont je faisais partie se tordait sur son siège.
Si ça ressemble à un clip de Lady Gaga, on est bien sur le terrain du mauvais goût.
            On peut toutefois essayer de rationaliser ce visionnage en y imposant plusieurs couches analytiques toutes valables : à la fois fantaisie baroque et viscérale, satire sombre du carcan familial et de  l’adolescence, et descente vers la folie d’un personnage dont on ne sait si il est né ainsi où si on l’a poussé à agir de la sorte, Excision (oui , le titre aussi veut choquer exprès) pousse le vice au-delà de plusieurs limites et parvient à casser certains de nos préjugés. En dépit de sa fin absolument prévisible et d’une violence extrême, je me dois de dire que j’en ai apprécié un peu malgré moi le visionnage. Mic-mac foutraque ponctué de caméos tordants et de leçons de morales tordues, c’est le genre de film que l’on adore détester, ou que l’on déteste adorer.
Personnellement, le talent seul de la plupart des acteurs a déjà suffi à lui seul (sérieusement, la jeune McCord est une boule de charisme hyperconcentré) à me faire basculer du côté corrompu et profondément perturbé du cinéma d’horreur dans lequel se situe ce qui selon moi est une petite pépite indé, bien loin d’être parfaite et ô combien bourrée de clichés, mais saignante et savoureuse à souhait.
 Vous reprendrez bien un peu de Rumsteck ?


Bonsoir.

                                                                                                               Rick Randall


 VERDICT: A voir en compagnie féminine pour de nombreux grognements désapprobateurs, ou en famille si vous êtes un détraqué.

FEFFS: Le mur invisible, boule à neige dévastatrice


                 Est-ce la mort ? Est-ce que c’est ça la mort ? le LHC de Genève a enfin fini par altérer l’univers tel que nous le percevons ? Les martiens se livrent-ils à une sorte d’expérience démente ? Ces interrogations ont-elle seulement un but ? Pourquoi la notion même de temps et d’espace devient-elle d’un coup si vaine et si effrayante à la fois ?
            Attention. Ici on se trouve face à un monument. Mais un truc solide, du genre granite ou alliage tungstène-vanadium. Collaboration germano-germaine (en fait avec l’Autriche), Die Wand alias le mur invisible effleure à peine le sujet qui constitue son titre. Voici la seule relation connue : Une femme, jouée par une Martina Gedeck hantée, se retrouve piégée, mise sous cloche lors d’un séjour dans un relais de chasse autrichien au cœur des Alpes : une sorte de paroi, à la fois autre et matérielle, invisible mais clairement perceptible, l’empêche de rejoindre ce qu’il convient d’appeler notre réalité.
C'est sensé être le moment le plus joyeux du film.
Mais le cinéaste est un petit malin. Il nous éloigne vite de ce mur pour nous plonger dans la psyché de cette émule de Robinson Crusoé qui nous narre, durant tout le film, le compte rendu de ses errements saccadés et névrotiques : tout est dit en voix off, sans lyrisme mais avec une espèce de morgue clinique troublante. On plonge donc très très vite dans ce qui doit bien être le pire châtiment pour cet animal grégaire qu’est l’homme : la solitude absolue, non seulement spatiale mais temporelle : le temps, hors de la bulle de notre naufragée, semble comme figé et vient spiraler comme un vautour autour de la protagoniste.
Le film, au rythme un peu emprunté, suit donc deux années de cette vie infernale, mais pour ce que l’on en sait, cela pourrait aussi bien être toute une vie. Les paysages à couper le souffle des montagnes Autrichiennes se font tour à tour oppressants, hostiles ou bucoliques et charmeurs : indice de plus que le temps n’a pas cours, et que l’on vit en parfaite résonance avec les pensées, l’humeur et même l’inconscient de cette femme, qui passe de la dépression la plus noire à l’acceptation la plus macabrement allègre face à son sort.
Maintenant on sait comment les survivalistes du Sud Profond sont créés.
A l’approche de la conclusion, la narration s’effiloche et s’emballe : on sent que la flamme de la raison vacille, et pourtant tout ce fatras reste empreint d’une moiteur glacée à vous coller un rhume carabiné : la folie froide, opposée à des manifestations plus violentes dont on ne sait si elles émanent de la femme ou de ce qui lui arrive, s’empreint alors d’une mélancolie à la Poe (d’ailleurs, la corneille est un symbole fort du film). A défaut d’être touchant ou bouleversant d’humanité, le film est au contraire difficile à regarder, mais prend des risques qui paient : On est comme figé par l’angoisse existentielle sans recours qui habite cette pauvre âme, et l’on donnerait tout pour ne pas connaître cet affreux sort. But atteint, risques pris, actrice bluffante, photographie impeccable : la pari, aussi barré qu’il soit, est réussi. Glaçant.



Bonsoir.

                                                                                                                               Rick Randall


 VERDICT: A voir seul(e), en automne sous un ciel gris, avec du Brel en fond sonore. Gardez toute arme à feu loin de vous.

17 septembre 2012

FEFFS: The Pact, le fantôme de l'apéro


The Pact, premier long-métrage de Nicholas McCarthy, a connu une genèse particulière. Écrit et tourné au départ sous la forme d’un court-métrage, il a connu un succès lors des festivals underground où il fut projeté. Succès qui, la promo aidant, monta à la tête d’une équipe de producteurs qui s’empressèrent de présenter un joli miroir aux alouettes au jeune réalisateur, pour mieux le jeter dans la fosse aux lions. Et voici donc notre petit prodige aux commandes express d’une version rallongée (enfin, 89 minutes, c’est pas non plus Byzance) d’un produit fini qui, d’ailleurs, fait office d’incipit au film. Oui, vous ne rêvez pas, le court qui a fait fureur est ce qui constitue littéralement les 10 premières minutes.
Mais entrons en matière.
On nous refait même le coup du spiritisme. BOUH!
Nicole, jeune mère célibataire (1), est en deuil (2). Elle vient de perdre sa mère qui, on l’apprend au fil de la conversation avec sa sœur, était une harpie sans cœur (3). Suivant donc la logique la plus totale, elle décide de passer la nuit précédant la nuit précédant l’enterrement dans la maison de son enfance (4). On bascule alors dans le modus operandi du film : un objet tombe, le protagoniste va voir, une fenêtre claque, le protagoniste va voir (5), et ainsi ad libitum. Toutefois le court, qui tourne autour du personnage de Nicole et de ressentis plus allusifs qu’exhaustifs, trouve une conclusion satisfaisante et somme toute définitive. En effet, on ne verra plus jamais ce personnage durant les 80 minutes restantes, se centrant autour de sa sœur. Ce qui fait donc le lien entre le préambule et son long addendum, c’est… une conversation téléphonique. Rien de plus. Passons les nombreuses allusions hilarantes que je pourrais faire au cinéma hong-kongais des années 80 et ses 2-en-1 miteux reliés par un fil, et suivons donc notre nouvelle godiche.
Toute allusion à Birdemic est purement fortuite et illusoire. Mais quand même, j'ai bien ri.
Annie, pauvre, jeune et rebelle (6) est donc la fameuse sœur téléphone, qui arrive à son tour à la maison de l’angoisse la veille de l’enterrement. Et ce qui suit n’est qu’un maelström confus de références et autres clichés du film de revenant, mort du flic sceptique à l’appui et disparition de blonde sans intérêt en soutien d’un rythme plus que molasse. On ne peut pas dire que ce projet que l’on aurait facilement pu déclarer mort in utero crève l’écran. Sous le vernis de médiocrité narrative, on décèle pourtant un talent, et une envie de bien faire : McCarthy photographie et monte sa bouse avec soin, et le résultat est propre, lisible et léché. Cependant le brouet référentiel est si difficile à avaler que même avec une couche de chantilly, ça passe pas.
Trop gras, ennuyeux, affublé d’un début intrigant, un milieu fatigant et une fin plus que ridicule, The Pact n’est pas que médiocre. Il gâche un certain potentiel, ce qui ne le rend que plus diffamatoire, mais en même temps pose en creux une dénonciation du money grubbing des producteurs hollywoodiens qui pensent qu’une poule aux œufs d’or s’élève en batterie.



Bonsoir.

                                                                                 
                                                                                                                              Rick Randall

PS: les nombres sont là pour marquer les verres que vous prendrez si vous jouez au jeu à boire des lieux communs du film d'horreur. Mais j'ai arrêté de compter.

 VERDICT: A voir si on est photographe compulsif (les clichés, ha, ha) et/ou si on a une passion morbide pour le dark side of the prod made in Hollywood.

15 septembre 2012

Annonce: Semaine du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg (FEFFS)

   
           
 It's the most wonderful time of the year... Non, ce n'est pas encore Noël, mais bel et bien la 5e édition d'un festival qui, à défaut de retentir dans la cour des grands internationaux (grr... Deauville...), procure à petits et grands, et pseudo-critiques de catégorie Z du web une semaine d'intense joie par procuration. 
             Le FEFFS, outre son acronyme hilarant, nous mitonne en effet chaque année une programmation riche en ce qui se fait de mieux en terme de frissons bis, de gore indé et de vieux de la vieille, classiques comme nanars, à redécouvrir dans l'ambiance juvénile (et insalubre) d'une salle de cinéma. Alors approchez, carrez vos fesses dans ce velours rouge bon marché, car voici venir une semaine spéciale dans l'activité de ce site. Non, je ne danserai pas nu en piétinant un drapeau américain (quelle drôle d'idée), mais je me complairai à dire ce que j'ai pensé à propos de films dont vous n'aurez probablement aucune chance de voir n'en serait-ce que le titre, puisque la plupart ne seront pas distribués en-dehors du festival. Cependant, en cas de revue oldies, j'essaierai pour éviter toute redondance de me documenter un peu sur les tenants et aboutissants du film en question, et ainsi d'éviter (au maximum) une énième analyse du symbolisme de Shining, ou un Xème diagnostic freudien de Norman Bates.

En attendant, tremblez, pauvres fous !

                                                                                       Rick Randall


VERDICT: A voir sans modération aucune, ne laissez pas votre porte-monnaie dicter sa loi, bande de moutons cacochymes.