Rick Randall et Rock Willis vous parlent culture
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21 septembre 2012

FEFFS: Iron Sky, croix gammée et rayons gamma



Faites passer le mot : les nazis ont la cote. La formule est choc, mais la salle était bel et bien bourrée à craquer pour la projection d’Iron Sky à une heure pourtant bien tardive. C’est donc dans une ambiance joyeuse que se sont déroulées les 90 minutes pas mal barrées de cette comédie satirique acide et cinglante, placée sous le signe de l’hyperbole potache.

Petit projet indépendant finlandais devenu très costaud grâce aux fonds européens et à la magie d’Internet, Iron Sky prend la forme d’une main de fer dans un gant de fer : autant l’aspect visuel, travaillé aux limites d’un budget relativement important (6M d’euros) mais ridicule en comparaison à un blockbuster hollywoodien moyen que le script mordant et parfois tordant en font une sort d’hybride improbable d’esprit frondeur franchement indie et d’affichage d’influences du cinéma à spectacle ricain.
They Came From Düsseldorf ! ! !
Rassurez-vous, à l’intérieur c’est tout aussi graveleux et savoureux, jugez plutôt : en 2018, les nazis, qui s’étaient réfugiés tout ce temps sur la face cachée de la lune (les galopins), préparent l’invasion de rien moins que la terre entière, au travers d’une méthode éprouvée : le Meteorblitzkrieg. Découvrant par hasard  cet infâme complot, l’astronaute afro-américain James Washington va devoir traverser un tas d’épreuves pour faire échouer l’instauration du IVe Reich, heureusement "aidé" dans cette tâche par la Présidente des États-Unis, pastiche de Sarah Palin sous amphet’ en mal de reconnaissance politique.
A partir de ce prémisse, tout peut partir en vrille. Et croyez-le ou non, nos amis du froid se sont fait plaisir. Si l’aspect satirique est parfois très juste et même pointu, il tape aussi souvent sous la ceinture d’un Oncle San déjà plus bas que terre. On nous sert aussi au menu un commentaire sur le racisme complètement tordu dans sa morale, une guerre spatiale épique, un clin d’œil à Dr.Folamour et son apocryphe scène de bataille de tartes à la crème à l’ONU, des ralentis de politiques en train de faire un elbow drop à rendre jaloux Triple H, bref, on a guère le temps de souffler. Des effets spéciaux modestes mais spectaculaires pour leur budget et un casting à l’épreuve des balles (hilarant retour de la mascotte warholienne Udo Kier, qui n’est jamais loin quand on parle de nazis) viennent parachever ce paradigme du portnawak bas du front mais tellement, tellement réjouissant.
Le Nouvel Ordre Mondial sera fashion ou ne sera pas.
D’autant plus que le film, comme dit précédemment, se met en danger en s’attaquant au travers des nazis à la sacro-sainte bannière étoilée, tout en proposant une lecture formelle purement originaire d’Outre Atlantique. A la fois téméraire et terriblement hypocrite, l’équipe du film passe entre les mailles du filet et savoure jusqu’à la dernière miette la victoire un brin revancharde de l’Europe McDonaldisée sur les Mcdonaldiseurs.
Un indispensable du fun le plus primaire malgré des gags qui tombent parfois à plat, Iron Sky mérite sa réputation d’audace et d’ambition mélangées, et à mon avis plusieurs visionnages, pour bien se rendre compte que parfois sous l’action primaire se cache une lecture sardonique de la grandeur et de la décadence du libéralisme reaganien. Et puis ça fait toujours plaisir quand on reconnait que l’ONU est une organisation paresseuse, menteuse et incompétente, quand bien-même ce serait seulement à moitié vrai.

Bonsoir.

                                                                                         Rick Randall



  VERDICT: A voir après une cuite au schnaps et un bon double-cheese, ou si on n'a rien contre un peu d'humour qui fait des taches. De gras.

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