Rick Randall et Rock Willis vous parlent culture
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13 septembre 2012

Ciné: Des hommes sans loi, liqueur de pruneaux


Adaptation de la vie romancée d’une vraie fratrie de contrebandiers sous la prohibition, le nouveau dossier dans le tiroir « film de gangsters à fédoras et sulfateuses » s’avère chargé. En un peu moins de deux heures, John Hillcoat réussit l’exploit de comprimer deux histoires d’amour, une histoire d’amitié, une chronique de la vie paysanne et une intrigue de polar, vendettas et explosions à la clé.
"Comment peux-tu te refuser à moi? Je suis le meilleur ami d'Optimus Prime !"
Pourtant, le film reste incroyablement lisible, qualité intrinsèque à son réalisateur qui se plaît à intégrer  une foultitude de petits plans explicatifs ou mettant en contexte l’action. Ce qui fait que les nombreux axes narratifs s’embrouillent rarement  et n’en deviennent que plus digestes. On suit donc à l’écran les pérégrinations de Forrest (un Tom Hardy en bonne forme), Howard et Jack (Shia LaBeouf, qui a toujours l’air sur le point de pleurer) Bondurant et leur ascension au sein des distilleurs clandestins de Virginie, au temps de la Grande Prohibition. Jack, le cadet, rêve en grand et se voit déjà caïd, mais ses ambitions sont étouffées par le taiseux Forrest qui ne voit en lui qu’un gringalet peu sûr de lui, bref un petit frère effacé, donc modèle.
Ici, on entre dans ce qui fait la chair du film : la relation entre les frères, portée par des acteurs qui jouent sur un fil, donne une impression de vie saisissante et on est vite amené à souhaiter la victoire de ces outlaws portés sur la bibine frelatée. Hillcoat vient du western (The Proposition) et sait dresser un décor et des personnages crédibles.
Après il est aussi vrai qu’ils font face à des forces de la loi dépeintes comme brutales, froides et promptes au cabotinage pseudo-gestapiste. Je vise en particulier l’agent Rakes (joué par l’acrobatique Guy Pearce, méconnaissable), sorte de crotale anthropomorphe prêt à tous les coups bas et tous les coups tout court. C’est bien simple : tous ceux qui crachent sur Shia LaBeouf se doivent de voir une certaine scène où Jack se retrouve plus qu’en mauvaise posture face à Rakes.
"Où est l'arche t'allianz, Tokteur Jones? Woups, mauvais script."
D’ailleurs, en parlant de violence : elle est par-tout. Le film se situe certes dans une époque brutale, mais ici on n’en perd pas une miette, et de nombreuses fusillades endiablées diffusent leur odeur de cordite dans les vapeurs d’éthanol des alambics de cambrousse. Ici donc le style très démonstratif du réalisateur s’accommode très bien du sang, de la sueur et des larmes et dévoile tout son potentiel dans un film de genre qui ne s’aventure pas sur le terrain de la subtilité, mais à aucun moment n’en affiche la prétention.
Des hommes sans loi nous conte donc une histoire à tiroirs mais sans surprise, mais dotée d’un casting à toute épreuve et malgré le ton caricatural qui découle probablement des vieux archétypes Sergio-léonesques (les bons truands, la brute et les truands), constitue une solide entrée dans le genre, aidé il est vrai par quelques plans extérieurs gérés avec maestria et une propension à l’action qui donne une ambiance fiévreuse à ce qui aurait vite pu devenir un gangster-flick lambda de plus. Et ce malgré l’une des fins les plus capillotractées de l’année.



Bonsoir.

                                                                                                                                 Rick Randall


 VERDICT: A voir sans se prendre la tête, ou si on aime les péquenots qui marmonnent leur illettrisme à la face du monde.

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