Adaptation de la vie romancée
d’une vraie fratrie de contrebandiers sous la prohibition, le nouveau dossier
dans le tiroir « film de gangsters à fédoras et sulfateuses » s’avère
chargé. En un peu moins de deux heures, John Hillcoat réussit l’exploit de
comprimer deux histoires d’amour, une histoire d’amitié, une chronique de la
vie paysanne et une intrigue de polar, vendettas et explosions à la clé.
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| "Comment peux-tu te refuser à moi? Je suis le meilleur ami d'Optimus Prime !" |
Pourtant, le film reste
incroyablement lisible, qualité intrinsèque à son réalisateur qui se plaît à
intégrer une foultitude de petits plans
explicatifs ou mettant en contexte l’action. Ce qui fait que les nombreux axes
narratifs s’embrouillent rarement et
n’en deviennent que plus digestes. On suit donc à l’écran les pérégrinations de
Forrest (un Tom Hardy en bonne forme), Howard et Jack (Shia LaBeouf, qui a
toujours l’air sur le point de pleurer) Bondurant et leur ascension au sein des
distilleurs clandestins de Virginie, au temps de la Grande Prohibition. Jack,
le cadet, rêve en grand et se voit déjà caïd, mais ses ambitions sont étouffées
par le taiseux Forrest qui ne voit en lui qu’un gringalet peu sûr de lui, bref
un petit frère effacé, donc modèle.
Ici, on entre dans ce qui fait la
chair du film : la relation entre les frères, portée par des acteurs qui
jouent sur un fil, donne une impression de vie saisissante et on est vite amené
à souhaiter la victoire de ces outlaws portés sur la bibine frelatée. Hillcoat
vient du western (The Proposition) et
sait dresser un décor et des personnages crédibles.
Après il est aussi vrai qu’ils
font face à des forces de la loi dépeintes comme brutales,
froides et promptes au cabotinage pseudo-gestapiste. Je vise en particulier
l’agent Rakes (joué par l’acrobatique Guy Pearce, méconnaissable), sorte de crotale
anthropomorphe prêt à tous les coups bas et tous les coups tout court. C’est
bien simple : tous ceux qui crachent sur Shia LaBeouf se doivent de voir
une certaine scène où Jack se retrouve plus qu’en mauvaise posture face à
Rakes.
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| "Où est l'arche t'allianz, Tokteur Jones? Woups, mauvais script." |
D’ailleurs, en parlant de
violence : elle est par-tout. Le
film se situe certes dans une époque brutale, mais ici on n’en perd pas une
miette, et de nombreuses fusillades endiablées diffusent leur odeur de cordite
dans les vapeurs d’éthanol des alambics de cambrousse. Ici donc le style
très démonstratif du réalisateur s’accommode très bien du sang, de la sueur et
des larmes et dévoile tout son potentiel dans un film de genre qui ne
s’aventure pas sur le terrain de la subtilité, mais à aucun moment n’en affiche
la prétention.
Des hommes sans loi nous conte donc une histoire à tiroirs mais sans surprise,
mais dotée d’un casting à toute épreuve et malgré le ton caricatural qui
découle probablement des vieux archétypes Sergio-léonesques (les bons truands,
la brute et les truands), constitue une solide entrée dans le genre, aidé il
est vrai par quelques plans extérieurs gérés avec maestria et une propension à
l’action qui donne une ambiance fiévreuse à ce qui aurait vite pu devenir un gangster-flick lambda de plus. Et ce
malgré l’une des fins les plus capillotractées de l’année.
Bonsoir.
Rick
Randall
VERDICT: A voir sans se prendre la tête, ou si on aime les péquenots qui marmonnent leur illettrisme à la face du monde.


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