Est-ce la mort ? Est-ce que c’est ça la mort ? le
LHC de Genève a enfin fini par altérer l’univers tel que nous le
percevons ? Les martiens se livrent-ils à une sorte d’expérience
démente ? Ces interrogations ont-elle seulement un but ? Pourquoi la
notion même de temps et d’espace devient-elle d’un coup si vaine et si
effrayante à la fois ?
Attention.
Ici on se trouve face à un monument. Mais un truc solide, du genre granite ou
alliage tungstène-vanadium. Collaboration germano-germaine (en fait avec l’Autriche),
Die Wand alias le mur invisible effleure à peine le sujet qui constitue son titre.
Voici la seule relation connue : Une femme, jouée par une Martina Gedeck
hantée, se retrouve piégée, mise sous cloche lors d’un séjour dans un relais de
chasse autrichien au cœur des Alpes : une sorte de paroi, à la fois autre
et matérielle, invisible mais clairement perceptible, l’empêche de rejoindre ce
qu’il convient d’appeler notre réalité.
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| C'est sensé être le moment le plus joyeux du film. |
Mais le cinéaste est un petit
malin. Il nous éloigne vite de ce mur pour nous plonger dans la psyché de cette
émule de Robinson Crusoé qui nous narre, durant tout le film, le compte rendu
de ses errements saccadés et névrotiques : tout est dit en voix off, sans
lyrisme mais avec une espèce de morgue clinique troublante. On plonge donc très très
vite dans ce qui doit bien être le pire châtiment pour cet animal grégaire
qu’est l’homme : la solitude absolue, non seulement spatiale mais
temporelle : le temps, hors de la bulle de notre naufragée, semble comme
figé et vient spiraler comme un vautour autour de la protagoniste.
Le film, au rythme un peu
emprunté, suit donc deux années de cette vie infernale, mais pour ce que l’on
en sait, cela pourrait aussi bien être toute une vie. Les paysages à couper le
souffle des montagnes Autrichiennes se font tour à tour oppressants, hostiles
ou bucoliques et charmeurs : indice de plus que le temps n’a pas cours, et
que l’on vit en parfaite résonance avec les pensées, l’humeur et même
l’inconscient de cette femme, qui passe de la dépression la plus noire à
l’acceptation la plus macabrement allègre face à son sort.
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| Maintenant on sait comment les survivalistes du Sud Profond sont créés. |
A l’approche de la conclusion, la
narration s’effiloche et s’emballe : on sent que la flamme de la raison
vacille, et pourtant tout ce fatras reste empreint d’une moiteur glacée à vous
coller un rhume carabiné : la folie froide, opposée à des manifestations
plus violentes dont on ne sait si elles émanent de la femme ou de ce qui lui
arrive, s’empreint alors d’une mélancolie à la Poe (d’ailleurs, la corneille
est un symbole fort du film). A défaut d’être touchant ou bouleversant
d’humanité, le film est au contraire difficile à regarder, mais prend des
risques qui paient : On est comme figé par l’angoisse existentielle sans
recours qui habite cette pauvre âme, et l’on donnerait tout pour ne pas connaître
cet affreux sort. But atteint, risques pris, actrice bluffante, photographie
impeccable : la pari, aussi barré qu’il soit, est réussi. Glaçant.
Bonsoir.
Rick
Randall
VERDICT: A voir seul(e), en automne sous un ciel gris, avec du Brel en fond sonore. Gardez toute arme à feu loin de vous.



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