Rick Randall et Rock Willis vous parlent culture
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19 septembre 2012

FEFFS: Le mur invisible, boule à neige dévastatrice


                 Est-ce la mort ? Est-ce que c’est ça la mort ? le LHC de Genève a enfin fini par altérer l’univers tel que nous le percevons ? Les martiens se livrent-ils à une sorte d’expérience démente ? Ces interrogations ont-elle seulement un but ? Pourquoi la notion même de temps et d’espace devient-elle d’un coup si vaine et si effrayante à la fois ?
            Attention. Ici on se trouve face à un monument. Mais un truc solide, du genre granite ou alliage tungstène-vanadium. Collaboration germano-germaine (en fait avec l’Autriche), Die Wand alias le mur invisible effleure à peine le sujet qui constitue son titre. Voici la seule relation connue : Une femme, jouée par une Martina Gedeck hantée, se retrouve piégée, mise sous cloche lors d’un séjour dans un relais de chasse autrichien au cœur des Alpes : une sorte de paroi, à la fois autre et matérielle, invisible mais clairement perceptible, l’empêche de rejoindre ce qu’il convient d’appeler notre réalité.
C'est sensé être le moment le plus joyeux du film.
Mais le cinéaste est un petit malin. Il nous éloigne vite de ce mur pour nous plonger dans la psyché de cette émule de Robinson Crusoé qui nous narre, durant tout le film, le compte rendu de ses errements saccadés et névrotiques : tout est dit en voix off, sans lyrisme mais avec une espèce de morgue clinique troublante. On plonge donc très très vite dans ce qui doit bien être le pire châtiment pour cet animal grégaire qu’est l’homme : la solitude absolue, non seulement spatiale mais temporelle : le temps, hors de la bulle de notre naufragée, semble comme figé et vient spiraler comme un vautour autour de la protagoniste.
Le film, au rythme un peu emprunté, suit donc deux années de cette vie infernale, mais pour ce que l’on en sait, cela pourrait aussi bien être toute une vie. Les paysages à couper le souffle des montagnes Autrichiennes se font tour à tour oppressants, hostiles ou bucoliques et charmeurs : indice de plus que le temps n’a pas cours, et que l’on vit en parfaite résonance avec les pensées, l’humeur et même l’inconscient de cette femme, qui passe de la dépression la plus noire à l’acceptation la plus macabrement allègre face à son sort.
Maintenant on sait comment les survivalistes du Sud Profond sont créés.
A l’approche de la conclusion, la narration s’effiloche et s’emballe : on sent que la flamme de la raison vacille, et pourtant tout ce fatras reste empreint d’une moiteur glacée à vous coller un rhume carabiné : la folie froide, opposée à des manifestations plus violentes dont on ne sait si elles émanent de la femme ou de ce qui lui arrive, s’empreint alors d’une mélancolie à la Poe (d’ailleurs, la corneille est un symbole fort du film). A défaut d’être touchant ou bouleversant d’humanité, le film est au contraire difficile à regarder, mais prend des risques qui paient : On est comme figé par l’angoisse existentielle sans recours qui habite cette pauvre âme, et l’on donnerait tout pour ne pas connaître cet affreux sort. But atteint, risques pris, actrice bluffante, photographie impeccable : la pari, aussi barré qu’il soit, est réussi. Glaçant.



Bonsoir.

                                                                                                                               Rick Randall


 VERDICT: A voir seul(e), en automne sous un ciel gris, avec du Brel en fond sonore. Gardez toute arme à feu loin de vous.

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