Rick Randall et Rock Willis vous parlent culture
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01 septembre 2012

Ciné: WRONG, l'hubris insoutenable de l'habitus



Quentin Dupieux est un homme intelligent. En tant que tel, il est de sa responsabilité d’être fatalement angoissé à propos de tout, et d’en parler depuis son piédestal (pied d’estal est aussi une orthographe acceptée). Drapé dans sa vertu très actuelle d’amateur éclairé, le voilà qui s’évertue à mettre en charpie le quotidien de l’américain moyen, job pourri et voiture en leasing inclus dans la boîte.
Dolph (Jack Plotnick) se réveille un matin comme tous les jours à 7h60 pour constater que son chien Paul a disparu. Je ne m’étendrai pas plus avant sur la réalité ou même la tangibilité de ce chien-concept, enfin bref son quotidien est bouleversé. On se retrouve donc à cahoter à ses côtés dans un monde dystopique dérangeant. Le message est clair, Dupieux veut nous rendre la tâche aussi inconfortable que possible. En fait il nous frotte même le nez contre un défilé de situations à peine décalées de la réalité, filmés de façon à envahir notre espace personnel : on est dans un métro bondé de personnages atypiques, forcés d’expérimenter un contact forcément déplaisant avec nos 5 sens.
"Qui je dois poignarder pour sortir de cet asile d'aliénés?"
Le truc qui nous sauve d’un inévitable repli en position fœtale, assourdis par nos propres cris désarticulés, c’est que tout ce foutraque fatras s’empreint d’une légèreté toute britannique pour nous servir, accrochez-vous bien, une COMEDIE. Oui, ici on joue subtilité et sous-jacence, on pète dans la soie jusqu’à plus soif. Ca arrache quelques sourires parfois, mais trop souvent on a envie de faire « pshht ! » à l’écran, pour que le carcan formel et superficiel que s’impose le réalisateur disparaîsse, et que la satire acerbe se dévoile sans fard.
Parce que de ce point de vue-là, le film fait mouche à tous coups. Comme dit, on voit
bien que ce sont des gens malins qui se tiennent derrière la caméra et du coup l’american dream en prend salement pour son grade et se dévoile comme un véritable chaos déshumanisant où l’homme finit par agir contre sa propre nature et adopte des comportements (ici distordus à l’extrême) profondéments anti-sociaux. Sur ce point là seul, le concept tient la route et mérite notre attention.
C'est ce genre de visuel réussi qui paradoxalement masque le fond de l'histoire.
            Mais bien malgré moi, j’ai eu en définitive plusieurs soucis avec ce film. Le premier, c’est que Quentin Dupieux jouit d’une réputation d’esthétisme légèrement surfaite qui risque de nuire au fond de la trame du film (c’est joli, c’est décalé, donc on ne va pas plus loin), et le second, que tout ce que j’ai écrit soit invalidé par moi-même suite à un second visionnage, tellement j’ai peiné à discerner ce qui me semblait comme l’analyse la plus plausible de ce qui en définitive n’est peut-être qu’un ovni de plus orbitant autour de la planète Ironie, sur laquelle il fait bon vivre…tant qu’on ne tombe pas de son piédestal.

Bonsoir.

                                                                                                               Rick Randall



VERDICT: A voir si l'on possède un don d'extralucidité ou si on en est seulement à la troisième traite du crédit d'un charmant pavillon de banlieue crépi rose / Renault Scénic / écran plathodique 10 couleurs.

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