Rien de tel
qu’un film sur le voyage temporel pour boucler le festival. En effet on a
presque envie de revenir au début pour profiter de la programmation foisonnante
et sur l’ensemble intéressante qui nous a été proposée cette année, et dont je
n’ai pu couvrir qu’une rachitique portion. Malheureusement on cherchera
ailleurs machines bizarres et savants fous, ici c’est un film
« réaliste », autant que faire se peut dans une histoire somme toute
fantastique (le voyage temporel est définitivement impossible, d’après les
têtes d’œuf mondiales).
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| Ils faisaient des duels de regard avant que ça soit hype. |
On suit donc les
aventures croisées de Darius (Aubrey Plaza), Arnau et Jeff (Jake Johnson),
trois jeunes journalistes franco de porc et on ne peut plus stéréotypés :
dans l’ordre, la rebelle indépendante et sarcastique, l’ado attardé coincé et
le pur cafard. Avec ces personnages, le réalisateur tente le tour de force de
nous impliquer dans leurs tracas quotidiens. Réussi ? Mmmh, à moitié. On
trouve de l’intelligent comme du pur cliché de bas-fonds dans ce scénario, qui
se veut avant tout épiphanique pour ses protagonistes : l’un aura une
révélation sexuelle, l’autre sera tourmenté par l’amour alors que jusque-là il
était superficiel, et la troisième… ben en gros c’est là que le film perd son
intérêt.
L’histoire de Darius, qui enquête sur une
petite annonce garantissant un voyage temporel, tombe dans le pur feel good movie des années 2010 :
Kenneth
(Mark Duplass, réalisateur d’autres niaiseries bobo-lénifiantes), le
supposé « chrononaute », est sous ses dehors bizarres l’homme parfait : à la fois fort et
fragile, mystérieux, assumant ses blessures… Je suis presque étonné de ne pas
voir Johnny Depp ou DiCaprio ici. Et du coup tout le suspense fiche le camp :
finis les doutes sur la santé mentale d’un type qui vit dans les bois et est
persuadé de pouvoir remonter le temps, bonjour bluette, guitare et feu de camp
et passés troubles qui jettent Darius, présentée plus tôt comme une
imbuvable snobinarde un esprit libre, dans les bras d'un type qui dans la vraie vie serait inquiétant au
plus haut point.
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| Écouter la moisissure des planches est plus instructif que ce film. |
Du coup, on a un
peu l’impression que le pauvre scénariste essaie de ramener l’histoire sur ses
rails en imbriquant de petites touches intelligentes concernant la possibilité
ou la réalité du voyage temporel. Jeff, le priapique superficiel, remonte par
exemple à sa façon le temps en retrouvant son innocence dans les bras d’un
ancien amour d’été. Ce segment, amené de façon subtile, est à lui seul, dans
ses 10 minutes, plus intéressant et malin que la grosse moitié du film
concernant les atermoiements austeniens de Darius et Kenneth.
N’allez donc pas
voir ce film avec de fausses attentes : ici on a bien, dans le cœur, et
malgré quelques pointes de génie, une famélique romance entre deux « weirdos »
comme il en sort, depuis l’ère internet qui a popularisé le personnage
tragi-comique du geek trop vite grandi, deux douzaines par an aux États-Unis.
Une séance confortable, voire pépère vous attend au tournant, ce qui parfois s’avère
fort sympathique, mais loin d’être émotionnellement ou visuellement significatif.
Bonsoir.
Rick
Randall
NOTE : Mon ordinateur ayant rendu l’âme,
ce billet sort avec un retard monstre. Mais bon, c’est vrai aussi qu’il fut dur
de parler d’un film qui m’a laissé une aussi faible impression.
VERDICT: A voir en prenant un bon café issu du commerce équitable, emmitouflé dans son keffieh sur son canapé modèle "Brüknarp" de chez Ikea, la carte d'abonnement Vélib' bien au chaud au fond de la poche.



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