Rick Randall et Rock Willis vous parlent culture
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04 octobre 2012

FEFFS: Safety not Guaranteed, bien moins risqué que son titre ne le laisse croire




Rien de tel qu’un film sur le voyage temporel pour boucler le festival. En effet on a presque envie de revenir au début pour profiter de la programmation foisonnante et sur l’ensemble intéressante qui nous a été proposée cette année, et dont je n’ai pu couvrir qu’une rachitique portion. Malheureusement on cherchera ailleurs machines bizarres et savants fous, ici c’est un film « réaliste », autant que faire se peut dans une histoire somme toute fantastique (le voyage temporel est définitivement impossible, d’après les têtes d’œuf mondiales).
Ils faisaient des duels de regard avant que ça soit hype.

On suit donc les aventures croisées de Darius (Aubrey Plaza), Arnau et Jeff (Jake Johnson), trois jeunes journalistes franco de porc et on ne peut plus stéréotypés : dans l’ordre, la rebelle indépendante et sarcastique, l’ado attardé coincé et le pur cafard. Avec ces personnages, le réalisateur tente le tour de force de nous impliquer dans leurs tracas quotidiens. Réussi ? Mmmh, à moitié. On trouve de l’intelligent comme du pur cliché de bas-fonds dans ce scénario, qui se veut avant tout épiphanique pour ses protagonistes : l’un aura une révélation sexuelle, l’autre sera tourmenté par l’amour alors que jusque-là il était superficiel, et la troisième… ben en gros c’est là que le film perd son intérêt.
 L’histoire de Darius, qui enquête sur une petite annonce garantissant un voyage temporel, tombe dans le pur feel good movie des années 2010 : Kenneth
Écouter la moisissure des planches est plus instructif que ce film.
(Mark Duplass, réalisateur d’autres niaiseries bobo-lénifiantes), le supposé « chrononaute », est sous ses dehors bizarres l’homme parfait : à la fois fort et fragile, mystérieux, assumant ses blessures… Je suis presque étonné de ne pas voir Johnny Depp ou DiCaprio ici. Et du coup tout le suspense fiche le camp : finis les doutes sur la santé mentale d’un type qui vit dans les bois et est persuadé de pouvoir remonter le temps, bonjour bluette, guitare et feu de camp et passés troubles qui jettent Darius, présentée plus tôt comme une imbuvable snobinarde un esprit libre, dans les bras d'un type qui dans la vraie vie serait inquiétant au plus haut point.
Du coup, on a un peu l’impression que le pauvre scénariste essaie de ramener l’histoire sur ses rails en imbriquant de petites touches intelligentes concernant la possibilité ou la réalité du voyage temporel. Jeff, le priapique superficiel, remonte par exemple à sa façon le temps en retrouvant son innocence dans les bras d’un ancien amour d’été. Ce segment, amené de façon subtile, est à lui seul, dans ses 10 minutes, plus intéressant et malin que la grosse moitié du film concernant les atermoiements austeniens de Darius et Kenneth.
N’allez donc pas voir ce film avec de fausses attentes : ici on a bien, dans le cœur, et malgré quelques pointes de génie, une famélique romance entre deux « weirdos » comme il en sort, depuis l’ère internet qui a popularisé le personnage tragi-comique du geek trop vite grandi, deux douzaines par an aux États-Unis. Une séance confortable, voire pépère vous attend au tournant, ce qui parfois s’avère fort sympathique, mais loin d’être émotionnellement ou visuellement significatif.

Bonsoir.

                                                                                                          Rick Randall


NOTE : Mon ordinateur ayant rendu l’âme, ce billet sort avec un retard monstre. Mais bon, c’est vrai aussi qu’il fut dur de parler d’un film qui m’a laissé une aussi faible impression.

VERDICT: A voir en prenant un bon café issu du commerce équitable, emmitouflé dans son keffieh sur son canapé modèle "Brüknarp" de chez Ikea, la carte d'abonnement Vélib' bien au chaud au fond de la poche.

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