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15 octobre 2012

Ciné: Después de Lucia, de l'outrage du déterminisme




Que faire quand le destin vous met une gifle ? Se relever, et tenter tant bien que mal de continuer. Mais que faire si le destin revenait après cette gifle pour vous foutre un pain dans la tronche, un coup de pied dans les côtes et une balle dans la rotule ? Eh bien c’est ce que Después de Lucia tente de raconter. A sa manière bien particulière.
En effet, on ne rencontre jamais ladite Lucia, supposée femme et mère aimante de nos protagonistes, Roberto, chef cuistot à la physionomie de Père Dodu avenant et sa fille Alejandra (une impressionnante Tessa Ia). Lucia est morte, et la vie doit redémarrer. Père et fille tentent donc tant bien que mal de tout recommencer, loin de leur ancien foyer, dans les faubourgs de cette mégalopole tentaculaire qu’est Mexico, où il est si facile de devenir anonyme, d’y perdre ses doutes comme ses joies. Au début, on est donc témoin de ces fragiles instants où l’on doit tourner la page après le deuil et se réinstaller dans le quotidien. La relation de Roberto avec sa fille, aussi maladroite que touchante, et en même temps très vraie constitue l’un des points forts du film, d’autant plus qu’elle ne prend pas le temps de devenir… banalement ennuyeuse.
Ces petits jeunots sont les méchants du film. Vraiment.
Bien vite donc le destin rattrape d’abord Alejandra, qui tentant de s’intégrer finit par coucher avec l’un de ses nouveaux camarades suite à une beuverie. Frasque adolescente facilement pardonnable, si ce n’est que la bourde a été filmée. Et diffusée à tout le lycée. Et soudain c’est comme si une faille s’ouvrait pour aspirer la pauvre Béatrice vers les abîmes infernaux, tandis que son Dante de pacotille s’en tire avec un « bien joué » de ses copains. Conspuée, harcelée, Alejandra se recroqueville et se fane tandis que son père, encore obnubilé par son deuil passe à côté de tout. Jusqu’au pire, qui le fera sombrer dans un acte mi-désespéré, mi-fou à lier.
Au début, j’ai eu bien du mal avec ce film. La cinématographie, clinique, sobre et figée, me semblait un appel du pied à l’intelligentsia cannoise (il a d’ailleurs décroché le prix « un certain regard » décerné par un Tim Roth chamboulé). Mais petit à petit, la violence s’installe et le style naturaliste prend tout son sens. Son horrible sens. Chronique de la violence ordinaire mêlée à un beau film sur les relations familiales lorsque passe le choc et vient « l’après », on pourrait reprocher à Después de Lucia de manquer de retenue et l’apathie de ses protagonistes qui choisissent l’abattement plutôt que la révolte.
Difficile de croire que c'est une scène révoltante, pourtant c'est le cas.
Mais je subodore qu’ainsi, le réalisateur Michel Franco, du haut de ses 30 ans, veut communiquer cette révolte à son public. Et sur ce point on peut dire qu’il atteint son but. Je comprends pourtant les critiques très mitigées qu’a reçu le film, qui a parfois tendance à un certain pathos. Mais en me fiant aux frissons glacés que j’ai eus durant et après le visionnage, je peux difficilement conseiller à ceux en recherche de drame efficace de passer à côté. Quant à ceux en quête de violence où je ne sais quoi, passez votre chemin. Ce film est drapé dans un fatalisme racinien, non pas dans un nihilisme désabusé.

Bonsoir.
                                                                                              Rick Randall



VERDICT: A voir si l'on est, comme moi, d'une humeur facilement influençable. Ou si l'on s'apitoie sur son sort pour des sujets futiles.

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