Que faire quand le
destin vous met une gifle ? Se relever, et tenter tant bien que mal de
continuer. Mais que faire si le destin revenait après cette gifle pour vous
foutre un pain dans la tronche, un coup de pied dans les côtes et une balle
dans la rotule ? Eh bien c’est ce que Después
de Lucia tente de raconter. A sa manière bien particulière.
En effet, on ne
rencontre jamais ladite Lucia, supposée femme et mère aimante de nos protagonistes,
Roberto, chef cuistot à la physionomie de Père Dodu avenant et sa fille
Alejandra (une impressionnante Tessa Ia). Lucia est morte, et la vie doit
redémarrer. Père et fille tentent donc tant bien que mal de tout recommencer,
loin de leur ancien foyer, dans les faubourgs de cette mégalopole tentaculaire
qu’est Mexico, où il est si facile de devenir anonyme, d’y perdre ses doutes
comme ses joies. Au début, on est donc témoin de ces fragiles instants où l’on
doit tourner la page après le deuil et se réinstaller dans le quotidien. La
relation de Roberto avec sa fille, aussi maladroite que touchante, et en même
temps très vraie constitue l’un des points forts du film, d’autant plus qu’elle
ne prend pas le temps de devenir… banalement ennuyeuse.
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| Ces petits jeunots sont les méchants du film. Vraiment. |
Bien vite donc le
destin rattrape d’abord Alejandra, qui tentant de s’intégrer finit par coucher
avec l’un de ses nouveaux camarades suite à une beuverie. Frasque adolescente
facilement pardonnable, si ce n’est que la bourde a été filmée. Et diffusée à
tout le lycée. Et soudain c’est comme si une faille s’ouvrait pour aspirer la
pauvre Béatrice vers les abîmes infernaux, tandis que son Dante de pacotille s’en
tire avec un « bien joué » de ses copains. Conspuée, harcelée,
Alejandra se recroqueville et se fane tandis que son père, encore obnubilé par
son deuil passe à côté de tout. Jusqu’au pire, qui le fera sombrer dans un acte
mi-désespéré, mi-fou à lier.
Au début, j’ai eu bien
du mal avec ce film. La cinématographie, clinique, sobre et figée, me semblait
un appel du pied à l’intelligentsia cannoise (il a d’ailleurs décroché le prix « un
certain regard » décerné par un Tim Roth chamboulé). Mais petit à petit,
la violence s’installe et le style naturaliste prend tout son sens. Son
horrible sens. Chronique de la violence ordinaire mêlée à un beau film sur les
relations familiales lorsque passe le choc et vient « l’après », on pourrait
reprocher à Después de Lucia de
manquer de retenue et l’apathie de ses protagonistes qui choisissent l’abattement
plutôt que la révolte.
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| Difficile de croire que c'est une scène révoltante, pourtant c'est le cas. |
Mais je subodore qu’ainsi,
le réalisateur Michel Franco, du haut de ses 30 ans, veut communiquer cette
révolte à son public. Et sur ce point on peut dire qu’il atteint son but. Je
comprends pourtant les critiques très mitigées qu’a reçu le film, qui a parfois
tendance à un certain pathos. Mais en
me fiant aux frissons glacés que j’ai eus durant et après le visionnage, je
peux difficilement conseiller à ceux en recherche de drame efficace de passer à
côté. Quant à ceux en quête de violence où je ne sais quoi, passez votre
chemin. Ce film est drapé dans un fatalisme racinien, non pas dans un nihilisme
désabusé.
Bonsoir.
Rick
Randall
VERDICT: A voir si l'on est, comme moi, d'une humeur facilement influençable. Ou si l'on s'apitoie sur son sort pour des sujets futiles.


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