Rick Randall et Rock Willis vous parlent culture
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27 octobre 2012

Ciné: Skyfall, plumage sans ramage




La saga James Bond, puisqu’il faut bien l’appeler ainsi, vit depuis maintenant 50 ans dans un monde parallèle: faits de bric et de broc, les films mettant en scène l’agent secret louvoient toujours entre bonnes et mauvaises idées. Ce qui constitue leur attrait selon moi, c’est qu’aussi datées qu’elles soient, les aventures de 007 reflètent le Zeitgeist de leur année de sortie presque à la perfection, et revoir un bond c’est comme ouvrir une page de l’Encyclopédie de la culture populaire : l’histoire est secondaire, seul le langage référentiel compte.
Sauf pour certains qui jouent le rôle de perturbateurs dans cette machine bien huilée. Dont acte pour ce Skyfall qui m’a laissé pantois. Peut-être est-ce dû à l’extrême difficulté de saisir ce qui constitue notre époque actuelle, mais le pauvre réalisateur, Sam Mendes, ne sait que faire de ses personnages et rebondissant de scène en scène finit par s’éparpiller. Oh je me garderai bien de faire un procès complètement à charge : l’aspect technique du film est impeccable et certains visuels en mettent vraiment plein la vue, au point de rester gravés dans les mémoires. Cependant le facteur d’émerveillement devant ces couleurs chatoyantes et ces contrastes au cordeau ne dure qu’un temps ; et derrière, le néant. Ou plutôt le chaos.
Cette Dragon Lady (googlez) représente les parties du film qui ne vont nulle part. Dommage.
Allons-y donc : 007 poursuit un tueur à travers plusieurs villes du globe (choisies aléatoirement), après avoir traversé une période de doute et d’alcoolisme invétéré. Mais le tueur semble lié à un complot plus important, dirigé par un ex-agent du MI6 joué par un Javier Bardem en roue libre (qui en profite pour cabotiner comme c’est pas permis ; on sent qu’il prend son pied au moins). Comme ça, de prime abord, pas de quoi fouetter une pendule. Mais c’est dans l’exécution de cette trame ultrasimple qu’à force de vouloir trop montrer, on ne sait que regarder : une palanquée de personnages secondaires vient renforcer la migraine montante, et la plupart des boulevards scénaristiques se finissent en risibles cul-de-sac accompagnés de cascades tellement grotesques qu’elles en deviennent absurdes : c’est bien simple, mis à part l’aspect visuel, on dirait du Roland Emmerich sous Tranxène.
Même 007 envisage de sauter à ce stade.
Du coup, difficile de suivre à travers nos rires étranglés un film qui manque tous ses buts narratifs, et qui donne une trop forte impression de coquille vide, d’un joli coquillage bariolé certes, mais qui sonne creux et bête.
Vous me direz : mais au début, il est stipulé que les Bond sont plus là comme capsule temporelle que pour raconter une histoire intelligente. C’est vrai, je l’ai écrit, mais quand on va au-delà de la cohérence en racontant un scénario aussi simple que celui de Skyfall, c’est que quelque part on n’est pas fait pour ça. Ca me fend un peu le cœur, car au fond j’aime voir cette franchise comme une friandise un peu simplette qu’on enfourne de temps en temps les jours de cafard ; mais si on se trompe dans les ingrédients, on se retrouve avec une morue aux fraises dans son assiette.

Dont acte.
                                                                                                                                                                                                                                                       Rick Randall
NOTE : Chouette générique, ceci dit.

VERDICT: A voir avec un vrai fan de James Bond, pour voir sa mine se décomposer, ou avec un enfant en bas âge facilement distrait par les zoulies couleeeeurs.

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