Rick Randall et Rock Willis vous parlent culture
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15 octobre 2012

Ciné: The we and the I, quand Freud et Young MC partagent le même bus




J’aimerais être clair : pour moi Michel Gondry n’est pas un artiste. Il est tout au plus un ado attardé assez créatif qui a eu beaucoup de coups de chance et de rencontres intéressantes. Pourtant la plupart des gens lui pardonnent beaucoup de ses défauts (son plus gros étant la paternité de l’exécrable Green Hornet), et pire, de ses gimmicks. Car le cinéma de Gondry est avant tout un cinéma de gimmicks arty répétés ad nauseam. Toujours le même papier mâché, les mêmes plans bricolés, protagonistes doux et rêveurs, etc.

Et pourtant, moi parmi tant d’autres, je me plonge dans ce monde ultra-codé avec plaisir et volupté (exception faite bien sûr du « film » susmentionné). Il faut dire aussi que pour être tout à fait juste envers le personnage, lui et ses films, au-delà  des reproches que j’ai pu leur faire, débordent d’une volonté de bien faire, de sentiments positifs trop rares au cinéma et surtout d’une bande-son choisie avec goût qui fait danser les pieds dans la salle, même à contrecoeur. Comme un enfant qui vous montre son dessin avec dans les yeux une tendresse pour vous et une naïveté touchante, Gondry propose au public des films qu’il aime faire, malgré son manque d’originalité parfois gonflant. On prend donc son œuvre pour l’accrocher sur le frigo avec un sourire rêveur en se disant que bon, c’est pas Van Gogh ni Kurosawa, mais c’est fait avec amour.
Même ces 4 idiots ont leur côté attachant.
Encore un plaisir donc que ce The we and the I que j’ai pu attraper en dernière instance, et qui se déguste comme une friandise douce-amère sur les rapports adolescents, ce qu’ils ont de parfois grandiloquent et complexe. On suit donc une bande de lycéens du Bronx qui rentrent chez eux après leur dernier jour de classe avant les grandes vacances. Tandis que chacun rêve de ses projets, on plonge dans un monde foisonnant de relations humaines où les amitiés se font et se défont sur un coup de tête, les fêtes d’anniversaire se planifient avec le plus grand sérieux et un texto peut tout chambouler. Et en un voyage de bus réparti en trois actes, au gré des arrêts et des personnages qui nous disent au revoir, on se sent étrangement proche de ces petits gars.
Certains personnages jouent le rôle de césure dramatique.
 Frimeurs, racoleurs, gouailleurs mais révélant tous un côté attachant, mis en avant par de petites saynètes filmées façon Youtube ou un mémorable récit mythomane à tiroirs, les lycéens dévoilent leur monde extrêmement codifié et complexe, qui les fait parfois souffrir ou au contraire leur offre un abri bienvenu aux malheurs du monde extérieur. Et c’est là que j’ai compris pourquoi j’ai aimé ce film, peut-être plus encore qu’aucun autre Gondry : ici il se met en retrait et cesse de raconter que « les rêves c’est bien et la vie c’est nul » pour filmer un environnement qu’il n’a jamais vraiment su quitter : il y est comme un poisson dans l’eau.
Histoire idéale donc pour ce type de cinéma que j’aurais autrement vite snobé, The we and the I est loin d’être un plaisir aussi coupable que les autres films du même gugusse : c’est le film d’un réal qui a trouvé chaussure à son pied et qui ne se prive pas de nous le faire savoir. Et le plaisir qu’il prend et l’énergie qu’il y met est au final furieusement communicative, au point qu'on lui pardonne certaines maladresses grossières pour se laisser simplement porter. A voir et même à posséder, pour le revoir en cas de cafard.

Bonsoir.
                                                                                                         Rick Randall


VERDICT: A voir si on croit ce que dit TF1 sur la jeunesse, ou si au contraire on ne se sent pas vraiment encore adulte.

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