Rick Randall et Rock Willis vous parlent culture
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03 novembre 2012

Ciné: Looper, retour vers le futur, version adultes



                Oubliez toutes vos hypothèses concernant la société et le monde à venir : il sera très probablement comme dans Looper, c’est-à-dire plutôt stupide, en tout cas de prime abord. En effet, en 2070 et des poussières, l’homme découvre le voyage temporel. Et selon ce film, les seuls à en tirer profit sont…les mafieux. Là, logiquement, on se mettrait à paniquer, mais rassurez-vous : ils ne s’en servent que comme machine à faire disparaître les corps en les envoyant dans le passé se faire tuer par des gusses spécialement engagés pour ça. On peut aisément comprendre qu’une telle prémisse puisse rendre perplexe même le plus convaincu des raéliens.
Une curieuse scène de pique-nique interdimensionnel.
            Mais, un peu à ma surprise, c’est sur une note agréable que je quittai mon fauteuil rouge pour regagner mes pénates. Car le scénario, malgré son départ capillotracté, parvient à maintenir un cap de cohésion qui si il n’est pas toujours adroit, a le mérite de tenir le coup face à ses propres faiblesses. Et il y parvient en restant concentré sur un petit nombre de personnages sans céder à l’appel mégalomane qui assaille quiconque a la tâche de créer un univers de zéro. Tant l’esthétique que les acteurs sont tout à fait cohérents et pour ma part j’ai pris un réel plaisir, passé le premier choc frontal avec l’histoire, à suivre les turpitudes de Joe (Joseph Gordon-Levitt), l’un des exécuteurs temporels à la solde de la mafia, qui un jour va se retrouver littéralement confronté à son destin. Car dans le contrat que signe Joe, il y a une clause : il va un jour finir par devoir tuer son soi futur, pour éliminer le témoin et « boucler la boucle » (sic). Joe jeune se retrouve donc face à son vieux soi (Bruce Willis), qui lui explique qu’il y a plus de complexité qu’il n’y paraît derrière ce petit boulot en apparence linéaire : le nouveau parrain (du futur, pour ceux qui veulent suivre) semble vouloir en finir avec ces petites pratiques.
            Mais l’intrigue principale, même si elle a le mérite de s’aventurer parfois dans des endroits rarement explorés (les deux protagonistes sont moralement flous, par exemple, et commettent parfois des atrocités) n’est pas selon moi ce qui fait que le film malgré de grossières maladresses fonctionne. Non, là où il brille vraiment, c’est dans son rythme et son timing : tant dans les dialogues que la cinématographie, le film se révèle aussi ambitieux que varié en dépit d’un budget relativement modeste, et ne prend que rarement le temps de souffler pour nous présenter une galerie somme toute savoureuse de personnages : même les mafieux aux trousses de Joe ne sont pour la plupart pas d’anonymes porte-flingues.
Même les "méchants" ont droit aux câlins.
Ce film possède donc deux atouts qui rendent son visionnage à la fois divertissant et plutôt intéressant : du charme et de la personnalité, qui aident même à passer outre une fin plus qu’étrange et pour tout dire pétrie de clichés un peu mièvres. Mais surtout, à l’instar de Drive, ce genre de long-métrages clairement issus du milieu indépendant et qui affichent au grand jour l’ambition de créer un nouveau genre de blockbusters en parallèle aux soufflés indigestes de l’Oncle Sam constituent une sympathique et encourageante bouffée d’air frais. Un futur prometteur je l’espère, quoi qu’on en dise.
Bonsoir.
                                                                                                          Rick Randall


NOTE : Oui, le maquillage qui est censé faire ressembler Levitt à un Willis jeune est vraiment très bizarre. Mais il faut parfois savoir passer outre l’arbre pour regarder la bucolique forêt. Et bon sang, un film sur les voyages temporels lisible, ça fait vraiment du bien.

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