Oubliez toutes vos hypothèses
concernant la société et le monde à venir : il sera très probablement
comme dans Looper, c’est-à-dire plutôt
stupide, en tout cas de prime abord. En effet, en 2070 et des poussières, l’homme découvre le voyage
temporel. Et selon ce film, les seuls à en tirer profit sont…les mafieux. Là,
logiquement, on se mettrait à paniquer, mais rassurez-vous : ils ne s’en
servent que comme machine à faire disparaître les corps en les envoyant dans le
passé se faire tuer par des gusses spécialement engagés pour ça. On peut
aisément comprendre qu’une telle prémisse puisse rendre perplexe même le plus
convaincu des raéliens.
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| Une curieuse scène de pique-nique interdimensionnel. |
Mais, un peu à ma surprise, c’est
sur une note agréable que je quittai mon fauteuil rouge pour regagner mes
pénates. Car le scénario, malgré son départ capillotracté, parvient à maintenir
un cap de cohésion qui si il n’est pas toujours adroit, a le mérite de tenir le
coup face à ses propres faiblesses. Et il y parvient en restant concentré sur
un petit nombre de personnages sans céder à l’appel mégalomane qui assaille
quiconque a la tâche de créer un univers de zéro. Tant l’esthétique que les
acteurs sont tout à fait cohérents et pour ma part j’ai pris un réel plaisir,
passé le premier choc frontal avec l’histoire, à suivre les turpitudes de Joe
(Joseph Gordon-Levitt), l’un des exécuteurs temporels à la solde de la mafia,
qui un jour va se retrouver littéralement confronté à son destin. Car dans le
contrat que signe Joe, il y a une clause : il va un jour finir par devoir
tuer son soi futur, pour éliminer le témoin et « boucler la boucle »
(sic). Joe jeune se retrouve donc face à son vieux soi (Bruce Willis), qui lui
explique qu’il y a plus de complexité qu’il n’y paraît derrière ce petit boulot
en apparence linéaire : le nouveau parrain (du futur, pour ceux qui
veulent suivre) semble vouloir en finir avec ces petites pratiques.
Mais l’intrigue principale, même si
elle a le mérite de s’aventurer parfois dans des endroits rarement explorés
(les deux protagonistes sont moralement flous, par exemple, et commettent
parfois des atrocités) n’est pas selon moi ce qui fait que le film malgré de
grossières maladresses fonctionne. Non, là où il brille vraiment, c’est dans
son rythme et son timing : tant dans les dialogues que la cinématographie,
le film se révèle aussi ambitieux que varié en dépit d’un budget relativement
modeste, et ne prend que rarement le temps de souffler pour nous présenter une
galerie somme toute savoureuse de personnages : même les mafieux aux
trousses de Joe ne sont pour la plupart pas d’anonymes porte-flingues.
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| Même les "méchants" ont droit aux câlins. |
Ce
film possède donc deux atouts qui rendent son visionnage à la fois divertissant
et plutôt intéressant : du charme et de la personnalité, qui aident même à
passer outre une fin plus qu’étrange et pour tout dire pétrie de clichés un peu
mièvres. Mais surtout, à l’instar de Drive,
ce genre de long-métrages clairement issus du milieu indépendant et qui
affichent au grand jour l’ambition de créer un nouveau genre de blockbusters en parallèle aux soufflés
indigestes de l’Oncle Sam constituent une sympathique et encourageante bouffée
d’air frais. Un futur prometteur je l’espère, quoi qu’on en dise.
Bonsoir.
Rick
Randall
NOTE :
Oui, le maquillage qui est censé faire ressembler Levitt à un Willis jeune est
vraiment très bizarre. Mais il faut parfois savoir passer outre l’arbre pour
regarder la bucolique forêt. Et bon sang, un film sur les voyages temporels lisible, ça fait vraiment du bien.


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