Rick Randall et Rock Willis vous parlent culture
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15 novembre 2012

Ciné: Argo, oscar-ambolage

         Les films étiquetés « pêche aux Oscars(tm) » n'ont rien de nouveau à Hollywood. Et la plupart du temps, ils s'avèrent être objectivement de bons produits, parfois même des coups de génie (exception faite, bien entendu, de l'horripilant diptyque La recherche du bonheur et Sept vies censés promouvoir Will Smith au rang d'acteur tragique classique). Mais la démarche sous-jacente est toujours la même : plaire avant tout à un jury vieillissant qui se base toujours sur les mêmes critères pour nominer les nouveaux protégés des médias.

         Cette diatribe colle hélas comme un gant au troisième film de Ben Affleck, Argo. De l'hommage à l'industrie du cinéma à la glorification des idéaux américains (f... yeah!), en passant par la mention aguicheuse « inspiré par des faits réels », pas une pièce ne manque à ce grand favori de la prochaine cérémonie.

L'affiche est en fait un diagramme réaliste de temps d'écran dans le film.
          Basé sur le réel tour de force d'un agent de la CIA qui, chargé d'extrader des ressortissants américains coincés à Téhéran par la révolution des mollahs en 1979, a mis au point l'un des plans les plus risqués de l'histoire de l'agence et par un mélange de chance et de doigté s'en est sorti avec les honneurs, le film met donc en scène Ben Affleck qui traîne son air mi-préoccupé mi-tranche de mou de veau des studios Universal aux bazars iraniens dans une semi-confusion qui semble régner sur tout le film.

         En fait, le scénario qui se laisse suivre et possède un potentiel certain est purement et simplement enseveli par la volonté patente de récolter un maximum de petits bonshommes dorés ; Affleck multiplie ainsi les moments de tragédie personnelle et les dialogues un brin ronflants afin de montrer que oui, il a évolué en tant qu'acteur depuis Daredevil (quoique pas tant que ça) et que non, il ne mérite pas les injustes parodies qui furent faites sur lui lors de sa traversée du désert.

 Les otages, ou six personnages en quête d'auteur.
         Et cette volonté se fait bien trop étouffante pour un film qui demandait à être choral (d'autant que le casting secondaire est au top, avec une mention spéciale pour le duo Goodman/Arkin qui n'a décidément pas assez de temps d'écran) et qui malgré une très réussie reconstitution de l'époque, folie Star Wars et chemises Saint-Maclou en tête, pâtit aussi d'une réalisation un brin trop fade.

         Encore un fois et malgré tout, le film se laisse voir et le fait dont il est tiré est loin d'être inintéressant. Mais ce qui aurait pu mêler de façon astucieuse esthétique acidulée des seventies et drame à huis-clos entre les otages pour enfin insuffler un peu de fraîcheur dans le genre poussiéreux et psychorigide du drame politique à l'américaine s'écrase devant le retour de Ben Affleck, parade, fanfare et confettis à l'appui.

Et ce n'est pas la fin d'un mccarthysme à peine contenu qui me contredira.


                                                                Bonsoir.

                                                                        Rick Randall





VERDICT : A voir en priorité pour les fans du sieur Affleck, ou si l'on aime retrouver les clichés ethniques qui ont fait la gloire du Petit Vingtième période Hergé.

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