Rick Randall et Rock Willis vous parlent culture
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15 janvier 2013

Ciné: The Master, endoctrine-mi et endoctrine-moi sont sur un bateau...

          Retour discret de l'Eastwood poids-plume au fourneau après le très remarqué western au brou de noix There Will Be Blood, The Master du plasticien de l'image P.T. Anderson respire en effet ce certain classicisme grandiose des dialogues et des cadrages qui ont fait la renommée de son modèle.

         Biopic déguisé du fondateur de la scientologie L.Ron Hubbard, le film surprend en effet par sa linéarité et sa retenue : on ose peu, et on dénonce à demi-mot les abus de ce qu'il faut bien appeler une secte ; preuve s'il en est des ramifications de l' « Eglise » (ici renommée « la Cause ») au sein du star system, ou plus simplement reflet de la mollesse du réalisateur et scénariste qui exsudait déjà de son dernier opus, pourtant plus sanguin et cru.

Croyez-le ou non, ce type est le héros.
         Cependant l'expérience cinématographique en elle-même n'est pas désagréable ; hormis un scénario convenu, Anderson fait preuve d'un grand talent quand il s'agit de mettre en lumière ses acteurs, dirigés de main de maître. Tout y est millimétré, mais au moins tout y est beau et fait pour mettre en valeur ce qui constitue le véritable noyau (et probablement la raison d'être) du film : la relation entre Freddie Quell, vétéran du Pacifique à la dérive (haha) et Lancaster Dodd, à la fois en crise intérieure et débordant de charisme.

Le "où est Charlie" version Hoffmann s'avère décevant.
         Joaquin Phoenix et Philip Seymour Hoffmann sont déjà pris à part des cabotins de génie, mais la réaction chimique qui se forme à l'écran entre les deux atteint un état de grâce à la fois réjouissant et salvateur, puisque le reste du film, travers inhérent à la démarche d' « auteur » aux Etats-Unis s'il en est, plonge souvent le spectateur dans des abîmes d'ennui ripoliné à base de plans fixes interminables et de silences soi-disant évocateurs.

         On sort donc de The Master partagé : sorte de circuit de montagnes russes ripoliné à l'extrême et tirant un peu en longueur, on a atteint à la fois des hauts très hauts et le fond d'une démarche artistique soporifique. A ne pas mettre entre toutes les mains, mais à voir quand même pour le duo de têtes d'affiche extrêmement satisfaisant qui heureusement se permet tout, et ça fait du bien.



                                                                             Bonsoir.



                                                                       Rick Randall



VERDICT : A voir si l'on est en manque de l'ami Clint et que l'on cherche le substitut le plus proche, ou si l'on veut enfin voir Joaquin Phoenix en Capitaine Haddock dégingandé (et franchement, qui dirait non à ça?)

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