Le cinéma de Quentin
Tarantino, dans sa forme la plus distillée, s'appuie sur deux
ficelles dramatiques utilisées depuis l'antiquité, mais que ce
malin autodidacte met en pratique de manière absolument maîtrisée :
Faire monter la tension au travers d'un dialogue lourd de latences et
de demi-mots, puis apporter une rétribution pétaradante et
absolument cathartique pour le spectateur. On peut résumer cela à
un terme : jouissif. Voilà, c'est dit, les films de Tarantino
font plus que faire jubiler, ils font jouir, sortir un cri primal de
notre cerveau reptilien réprimé par les normes sociales.
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| On peut avoir l'air Badass avec un flingue et un costume ridicules. |
Rien de différent ici donc
avec une revenge-story tout
ce qu'il y a de plus classique, sorte de Kill Bill
à la sauce Ranch et, bien évidemment, barbecue. Django, dont on
suit l'éveil à l'héroïsme des racines les plus humbles (esclave
dans une plantation) aux sommets les plus délurés (je passe la fin
sous silence), passe vraiment par toutes les étapes d'un récit
d'initiation archétypal, de la rencontre avec un mentor qui va lui
ouvrir ses horizons (un clownesque Christoph Waltz en tueur teuton) à
la période d'entraînement évidemment filmée à la façon des
anciens, par un montage tout ce qu'il y a de plus eighties (hommage,
diront certains, et c'est sans doute le cas), en passant par la belle
captive à sauver des griffes des méchants, unilatéralement ralliés
à la cause du mal absolu.
Toutefois
ce qui change avec un réalisateur aussi juvénile et doué à la
fois aux manettes, c'est qu'il connaît sur le bout des doigts ces
étapes et s'amuse à interférer autant que faire se peut avec la
structure traditionnelle d'un tel récit. Fait commun dans sa
filmographie, on passe du rire franc à la tension la plus extrême
en cinq minutes, abreuvés à la fois d'informations et de gags
farcesques (la violence aussi, d'ailleurs, se fait de plus en plus
cartoon), allant de
rebondissement en rebondissement vers une fin que l'on sait déjà
saignante et savoureuse. Tels le chien du bon docteur Pavlov, nous
voilà donc conditionnés par le réalisateur non pas à sa vision
des choses, mais à son propre hémisphère droit, que l'on imagine
sans peine rigolant comme un damné tout du long.
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| Arg! Un spectateur qui réfléchit! Feu! Feu à volonté! |
Loin
de moi l'idée de faire l'impasse sur les nombreux défauts du film,
trop long, kitschissime par moments, raide dans ses dialogues et d'un
manichéisme antédiluvien, mais encore une fois, en allant voir un
Tarantino, il ne faut pas s'attendre à du Pakula. On est ici pour le
frisson, le rire tribal, la violence crue et animale. Et ce film en
particulier en délivre par tombereaux au travers d'acteurs déchaînés
et en roue libre totale, imprimant le style enfant-gâté du maître
d'oeuvre, démiurge dément d'un bac à sable bourré de TNT.
Django
Unchained, on l'aura compris,
n'est pas le genre de film sur lequel il faut prendre du recul après
visionnage. C'est le genre de film que l'on raconte à grands
renforts de moulinets de bras et d'onomatopées, sans avoir peur de
dire que oui, ce genre de cinéma a aussi ses maîtres, ses
laudateurs et ses détracteurs, et que tous les points de vues sont
tout à fait recevables. Entre de mauvaises mains, on a Inglorious
Basterds, et entre de bonnes
mains, on a Django. Le
souci c'est que ces mains appartiennent au même personnage haut en
couleur, et par déduction probablement un peu schizophrène.
Tarantino et le western étaient peut-être faits l'un pour l'autre,
tout simplement, pour le pire comme le meilleur. Juteux.
Bonsoir.
Rick
Randall
VERDICT :
A
voir en mettant de côté son lobe frontal, ce qui est curieux pour
un film sur le racisme, où si on aime vraiment, vraiment beaucoup la
confiture de groseilles.


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