Rick Randall et Rock Willis vous parlent culture
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17 janvier 2013

Ciné: Django Unchained, western-spaghetti au ketchup


         Le cinéma de Quentin Tarantino, dans sa forme la plus distillée, s'appuie sur deux ficelles dramatiques utilisées depuis l'antiquité, mais que ce malin autodidacte met en pratique de manière absolument maîtrisée : Faire monter la tension au travers d'un dialogue lourd de latences et de demi-mots, puis apporter une rétribution pétaradante et absolument cathartique pour le spectateur. On peut résumer cela à un terme : jouissif. Voilà, c'est dit, les films de Tarantino font plus que faire jubiler, ils font jouir, sortir un cri primal de notre cerveau reptilien réprimé par les normes sociales.
On peut avoir l'air Badass avec un flingue et un costume ridicules.
         Rien de différent ici donc avec une revenge-story tout ce qu'il y a de plus classique, sorte de Kill Bill à la sauce Ranch et, bien évidemment, barbecue. Django, dont on suit l'éveil à l'héroïsme des racines les plus humbles (esclave dans une plantation) aux sommets les plus délurés (je passe la fin sous silence), passe vraiment par toutes les étapes d'un récit d'initiation archétypal, de la rencontre avec un mentor qui va lui ouvrir ses horizons (un clownesque Christoph Waltz en tueur teuton) à la période d'entraînement évidemment filmée à la façon des anciens, par un montage tout ce qu'il y a de plus eighties (hommage, diront certains, et c'est sans doute le cas), en passant par la belle captive à sauver des griffes des méchants, unilatéralement ralliés à la cause du mal absolu.
         Toutefois ce qui change avec un réalisateur aussi juvénile et doué à la fois aux manettes, c'est qu'il connaît sur le bout des doigts ces étapes et s'amuse à interférer autant que faire se peut avec la structure traditionnelle d'un tel récit. Fait commun dans sa filmographie, on passe du rire franc à la tension la plus extrême en cinq minutes, abreuvés à la fois d'informations et de gags farcesques (la violence aussi, d'ailleurs, se fait de plus en plus cartoon), allant de rebondissement en rebondissement vers une fin que l'on sait déjà saignante et savoureuse. Tels le chien du bon docteur Pavlov, nous voilà donc conditionnés par le réalisateur non pas à sa vision des choses, mais à son propre hémisphère droit, que l'on imagine sans peine rigolant comme un damné tout du long.
Arg! Un spectateur qui réfléchit! Feu! Feu à volonté!
         Loin de moi l'idée de faire l'impasse sur les nombreux défauts du film, trop long, kitschissime par moments, raide dans ses dialogues et d'un manichéisme antédiluvien, mais encore une fois, en allant voir un Tarantino, il ne faut pas s'attendre à du Pakula. On est ici pour le frisson, le rire tribal, la violence crue et animale. Et ce film en particulier en délivre par tombereaux au travers d'acteurs déchaînés et en roue libre totale, imprimant le style enfant-gâté du maître d'oeuvre, démiurge dément d'un bac à sable bourré de TNT.
         Django Unchained, on l'aura compris, n'est pas le genre de film sur lequel il faut prendre du recul après visionnage. C'est le genre de film que l'on raconte à grands renforts de moulinets de bras et d'onomatopées, sans avoir peur de dire que oui, ce genre de cinéma a aussi ses maîtres, ses laudateurs et ses détracteurs, et que tous les points de vues sont tout à fait recevables. Entre de mauvaises mains, on a Inglorious Basterds, et entre de bonnes mains, on a Django. Le souci c'est que ces mains appartiennent au même personnage haut en couleur, et par déduction probablement un peu schizophrène. 
         Tarantino et le western étaient peut-être faits l'un pour l'autre, tout simplement, pour le pire comme le meilleur. Juteux.


Bonsoir.
Rick Randall

VERDICT : A voir en mettant de côté son lobe frontal, ce qui est curieux pour un film sur le racisme, où si on aime vraiment, vraiment beaucoup la confiture de groseilles.

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