Rick Randall et Rock Willis vous parlent culture
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29 janvier 2013

Ciné: Alceste à Bicyclette, comment sucrer les fraises en vers

On peut difficilement faire plus premier degré.


Que l'on me pardonne d'avance cette atroce infamie,
De ce film tant personnel que du pain de mie,
Philippe Le Guay m'astreint à d'ineptes poétismes,
Pour détourner vos yeux, un temps, du cataclysme.

Pendant filmique du polystyrène expansé,
Ce fabliau sur un morne duel d'égotistes
Semblait pourtant plaisant sur papier, en pensée
Et pouvait se targuer d'une belle paire d'artistes.
Le poussif et convenu ballet qui toutefois
Utilisant sciemment Molière comme béquille
Se déroule si âprement devant nos pupilles
A hélas bel et bien de quoi laisser pantois.

Tel l'artichaut cependant tout n'est pas à jeter
Et voir deux vieux lions de la scène se toiser
Provoque toujours cet intense, lombaire frisson ;
Et le texte du Misanthrope dit à l'unisson
A le potentiel, tel le perfide Népenthès
De nous plonger dans un état d'oublieuse liesse
A l'égard du reste, qui ne vaut pas un radis.

De la sincérité ne fait pas une maladie
Le récit-glaçage dont l'évident parallèle
Avec la pièce sus-citée n'est que formel.
Le Guay, scénariste malmené par Melpomène
S'en va errer sur les molles et piètres plate-bandes
d'une tragi-comédie française mise à l'amende
[créative par des producteurs fort peu amènes.

Ah? Il y avait aussi un triangle amoureux, apparemment.
Nous restent donc Luchini et Wilson, si seuls,
Mais qui tel un Atlas bicéphale supportent le poids
De cet objet sous perfusion, malingre et veule
Et offrent en sus des performances de premier choix.

Je conclurai par un aveu peu surprenant :
L'alexandrin reste pour moi un abscons mystère
Excusez-donc cet essai loin du ragoûtant.

Bonsoir.

Rick Randall









VERDICT: A voir tout de même pour de beaux morceaux de théâtre de la part de nos deux monstres sacrés, ou si vous avez besoin d'un fix de Luchini. Vous êtes humains, après tout.

17 janvier 2013

Ciné: Django Unchained, western-spaghetti au ketchup


         Le cinéma de Quentin Tarantino, dans sa forme la plus distillée, s'appuie sur deux ficelles dramatiques utilisées depuis l'antiquité, mais que ce malin autodidacte met en pratique de manière absolument maîtrisée : Faire monter la tension au travers d'un dialogue lourd de latences et de demi-mots, puis apporter une rétribution pétaradante et absolument cathartique pour le spectateur. On peut résumer cela à un terme : jouissif. Voilà, c'est dit, les films de Tarantino font plus que faire jubiler, ils font jouir, sortir un cri primal de notre cerveau reptilien réprimé par les normes sociales.
On peut avoir l'air Badass avec un flingue et un costume ridicules.
         Rien de différent ici donc avec une revenge-story tout ce qu'il y a de plus classique, sorte de Kill Bill à la sauce Ranch et, bien évidemment, barbecue. Django, dont on suit l'éveil à l'héroïsme des racines les plus humbles (esclave dans une plantation) aux sommets les plus délurés (je passe la fin sous silence), passe vraiment par toutes les étapes d'un récit d'initiation archétypal, de la rencontre avec un mentor qui va lui ouvrir ses horizons (un clownesque Christoph Waltz en tueur teuton) à la période d'entraînement évidemment filmée à la façon des anciens, par un montage tout ce qu'il y a de plus eighties (hommage, diront certains, et c'est sans doute le cas), en passant par la belle captive à sauver des griffes des méchants, unilatéralement ralliés à la cause du mal absolu.
         Toutefois ce qui change avec un réalisateur aussi juvénile et doué à la fois aux manettes, c'est qu'il connaît sur le bout des doigts ces étapes et s'amuse à interférer autant que faire se peut avec la structure traditionnelle d'un tel récit. Fait commun dans sa filmographie, on passe du rire franc à la tension la plus extrême en cinq minutes, abreuvés à la fois d'informations et de gags farcesques (la violence aussi, d'ailleurs, se fait de plus en plus cartoon), allant de rebondissement en rebondissement vers une fin que l'on sait déjà saignante et savoureuse. Tels le chien du bon docteur Pavlov, nous voilà donc conditionnés par le réalisateur non pas à sa vision des choses, mais à son propre hémisphère droit, que l'on imagine sans peine rigolant comme un damné tout du long.
Arg! Un spectateur qui réfléchit! Feu! Feu à volonté!
         Loin de moi l'idée de faire l'impasse sur les nombreux défauts du film, trop long, kitschissime par moments, raide dans ses dialogues et d'un manichéisme antédiluvien, mais encore une fois, en allant voir un Tarantino, il ne faut pas s'attendre à du Pakula. On est ici pour le frisson, le rire tribal, la violence crue et animale. Et ce film en particulier en délivre par tombereaux au travers d'acteurs déchaînés et en roue libre totale, imprimant le style enfant-gâté du maître d'oeuvre, démiurge dément d'un bac à sable bourré de TNT.
         Django Unchained, on l'aura compris, n'est pas le genre de film sur lequel il faut prendre du recul après visionnage. C'est le genre de film que l'on raconte à grands renforts de moulinets de bras et d'onomatopées, sans avoir peur de dire que oui, ce genre de cinéma a aussi ses maîtres, ses laudateurs et ses détracteurs, et que tous les points de vues sont tout à fait recevables. Entre de mauvaises mains, on a Inglorious Basterds, et entre de bonnes mains, on a Django. Le souci c'est que ces mains appartiennent au même personnage haut en couleur, et par déduction probablement un peu schizophrène. 
         Tarantino et le western étaient peut-être faits l'un pour l'autre, tout simplement, pour le pire comme le meilleur. Juteux.


Bonsoir.
Rick Randall

VERDICT : A voir en mettant de côté son lobe frontal, ce qui est curieux pour un film sur le racisme, où si on aime vraiment, vraiment beaucoup la confiture de groseilles.

15 janvier 2013

Ciné: The Master, endoctrine-mi et endoctrine-moi sont sur un bateau...

          Retour discret de l'Eastwood poids-plume au fourneau après le très remarqué western au brou de noix There Will Be Blood, The Master du plasticien de l'image P.T. Anderson respire en effet ce certain classicisme grandiose des dialogues et des cadrages qui ont fait la renommée de son modèle.

         Biopic déguisé du fondateur de la scientologie L.Ron Hubbard, le film surprend en effet par sa linéarité et sa retenue : on ose peu, et on dénonce à demi-mot les abus de ce qu'il faut bien appeler une secte ; preuve s'il en est des ramifications de l' « Eglise » (ici renommée « la Cause ») au sein du star system, ou plus simplement reflet de la mollesse du réalisateur et scénariste qui exsudait déjà de son dernier opus, pourtant plus sanguin et cru.

Croyez-le ou non, ce type est le héros.
         Cependant l'expérience cinématographique en elle-même n'est pas désagréable ; hormis un scénario convenu, Anderson fait preuve d'un grand talent quand il s'agit de mettre en lumière ses acteurs, dirigés de main de maître. Tout y est millimétré, mais au moins tout y est beau et fait pour mettre en valeur ce qui constitue le véritable noyau (et probablement la raison d'être) du film : la relation entre Freddie Quell, vétéran du Pacifique à la dérive (haha) et Lancaster Dodd, à la fois en crise intérieure et débordant de charisme.

Le "où est Charlie" version Hoffmann s'avère décevant.
         Joaquin Phoenix et Philip Seymour Hoffmann sont déjà pris à part des cabotins de génie, mais la réaction chimique qui se forme à l'écran entre les deux atteint un état de grâce à la fois réjouissant et salvateur, puisque le reste du film, travers inhérent à la démarche d' « auteur » aux Etats-Unis s'il en est, plonge souvent le spectateur dans des abîmes d'ennui ripoliné à base de plans fixes interminables et de silences soi-disant évocateurs.

         On sort donc de The Master partagé : sorte de circuit de montagnes russes ripoliné à l'extrême et tirant un peu en longueur, on a atteint à la fois des hauts très hauts et le fond d'une démarche artistique soporifique. A ne pas mettre entre toutes les mains, mais à voir quand même pour le duo de têtes d'affiche extrêmement satisfaisant qui heureusement se permet tout, et ça fait du bien.



                                                                             Bonsoir.



                                                                       Rick Randall



VERDICT : A voir si l'on est en manque de l'ami Clint et que l'on cherche le substitut le plus proche, ou si l'on veut enfin voir Joaquin Phoenix en Capitaine Haddock dégingandé (et franchement, qui dirait non à ça?)