Rick Randall et Rock Willis vous parlent culture
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26 août 2012

Ciné: A perdre la raison, du drame au bulldozer



En Belgique, quand quelqu’un affiche des symptômes avancés de névrose et/ou de dépression, l’entourage se doit de… rabaisser ladite personne au possible et de s’essuyer les parties intimes avec son estime de soi. Du moins c’est ce que Joachim Lafosse et sa bande de joyeux drilles s’évertue à nous faire comprendre, et au marteau-piqueur s’il-vous-plaît.
            Et là, je me dois de m’interrompre : pour cette première revue ciné, je me trouve en effet en délicate posture. Car qui, à par les plus fervents cinéphiles (comprenez : les gens désespérés) a seulement entendu parler de ce petit bijou de torture mentale ? La promotion fut plus que modeste pour un film qui se veut de même, mais qui a néanmoins réussi à tirer des larmes (arrachées au pied-de-biche, oui ce soir je fais dans le BTP) au jury de la sélection « un certain regard » de Cannes. Donc à priori, pas de raison de déterrer ce qui est déjà mort : la salle déserte dans laquelle je me suis trouvé en est la preuve.
Machin et Machine dans leur pose amidonnée: ils s'aiment trop grave Colgate.
Mais commençons par le commencement : Muriel/Mathilde/Machine (Émilie Dequenne) et Mounir/Mokhtar/Machin (Tahar Rahim) s’aiment. D’un amour frais comme un bouton de rose, un amour fou, un amour d’autoroute et de bagnoles de location. Ça fait rêver ? Ça ne fait que commencer. On va suivre les péripéties de notre charmant couple en carton-pâte tout au long d’une chronique (les bobos disent « tranches de vie », et en mettent parfois sur leur pain multi-céréales demi-sel bio ®) qui prend petit à petit la forme d’une descente aux enfers pour Machine, orchestrée par un diabolique docteur avec un nom bien français pour faire culpabiliser (nasillé par Niels Arestrup, à bout de souffle). En bref, Machin et sa famille mettent la pression à Machine pour qu’elle devienne une pondeuse médicamentée (toutes les familles marocaines font ça, c’est bien connu), et le docteur Méphisto (j’ai oublié son patronyme) joue le rôle d’un bigorneau fortuné finançant le marasme dément qui se déroule sous ses yeux indifférents (de bigorneau).
"Tu aimes les fruits de mer?" (sérieusement, vous le prendriez comme médecin traitant?)
Certes, j’y vais un peu fort, mais il faut que je décourage les quelques idiots qui penseront s’en tirer à bon compte avec un tire-larmes gnan-gnan et ainsi faire taire leur greluche pour une soirée. Eh bien non. NON. 

        La pauvre Machine se soumet à l’encéphalogramme plat du scénario et sombre petit à petit dans la dépression, tandis que Machin et Méphisto se vautrent lamentablement dans leurs tentatives de faire partie du genre humain. Arrive ce qui doit arriver, la conclusion forcément dramatique (puisqu’on en a eu un aperçu au début du film), noyée sous mes grincements permanents de molaires, sent le formaldéhyde à plein nez. 
 Dès les premières minutes, j'ai eu cette sensation d’inconfort grincant, vous savez, quand on assiste à un dîner après une grosse dispute et que tout le monde feint l’indifférence et se fend de commentaires anodins ? Eh bien c’est exactement ce qui m’a fait mordre le siège de devant (désespérément vide) durant les longues, looongues 111 minutes dans lesquelles la peu fortunée Emilie Dequenne surnage à grand-peine (elle a eu un prix pour ça à Cannes, parce qu’elle l’a fait sans bouée ni flotteurs).
Ah oui et sinon, côté technique, c’est correct.

Bonsoir.
                                                                                                                    
                                                                                   Rick Randall

VERDICT: A voir si vous aimez tirer sur les ambulances. Ou êtes un fétichiste des bigorneaux septuagénaires.

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