Rick Randall et Rock Willis vous parlent culture
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22 septembre 2012

FEFFS: New Kids Nitro, les barbants du Brabant



Suite d’un produit dérivé d’une série à sketches néerlandaise rachetée en 2004 par Comedy Central (rangez-moi ces aspirines, c’est parfaitement clair comme résumé), New Kids Nitro est déjà bien loin de faire rêver sur le papier. Pourtant, l’exploration des travers de la jeunesse rurale et complètement ringarde des Pays-Bas recèle un certain potentiel, qui nécessite comme tout concept comique un talent dingue et un doigté exceptionnel pour produire quelque chose d’ à la fois drôle et intemporel. Malheureusement, vous l’aurez compris, ce film ne remplit ni l’une, ni l’autre de ces catégories.
La drague à la flamande: un grand classique des winners.
Mais débarrassons-nous vite de l’ « histoire » pour que j’en arrive à ma diatribe biliaire habituelle. Après leurs déboire avec la justice, les New Kids, estampillés beauf Label Rouge, se retrouvent empêtrés dans une rivalité montante entre leur village, Maaskantje (ô comme ce nom fut crié dans la salle bondée par les fans du premier opus) et le trou à rats voisin répondant au doux nom de Schijndel (je n’essaierais pas de le prononcer si j’étais vous, seul un flamand peut le faire  sans risque d’hospitalisation). Sur ces entrefaites, une météorite se met à transformer les bouseux du coin en zombies cannibales : le gouvernement, désemparé, n’a de choix que de tirer nos compères de leurs petites rixes pour les envoyer en libérateurs surarmés de la fière Hollande.

Un des 198 group shots du film, le seul probablement significatif.
Forçant au burin un maximum de blagues à la fois puériles et de mauvais goût pour atteindre la durée famélique de 66 minutes, cette nouvelle fournée des mésaventures de cinq jeunes de la cambrousse qui entoure Eindhoven pâtit de ce que j’appellerais l’ effet soufflé. Ce que j’entends par là, c’est qu’en bande-annonce potache et parodique de deux minutes, ça passe, en sketches découpés à la télé, à la limite pourquoi pas, mais ces Kids là, contrairement à celui de Chaplin n’ont rien à faire sur grand écran. Et pour combler leur embarras d’être là, nous gratifient donc de scènes de remplissage gratuites, de cabotinage comme j’en ai rarement vu jusqu’ici (à part chez un certain… Michaël Youn) et de gags visuels cruels qui se veulent au Xème degré, mais qui manquent l’étincelle créative qui leur permettrait de fonctionner : du coup, le film se dégonfle de lui-même à vouloir trop en faire.
Ce qui compte avant tout dans une comédie, c’est la touche d’humanité ou de sincérité que l’on peut lire en creux, même dans les films aux gags les plus idiots ou lourdingues (cf. ma chronique d’Iron Sky). Être drôle, surtout au cinéma, requiert un énorme travail de réflexion en plus de l’habituelle auto-dérision : pousser le grotesque et le ridicule toujours plus loin ne fait avancer aucun schmilblick, et crie bien au contraire à la face du monde le besoin désolant d’attention de la part de gens que le cinéma n’intéresse au fond que fort peu, pourvu que l’on puisse « surfer » sur la vague ironico-internet du moment (ce que bien entendu votre serviteur se garde de faire…hem).
 En bref, c’est long pour ce que c’est, on s’ennuie souvent et le fond inexistant est on ne peu plus déprimant. Pourtant c’est extrêmement populaire, à en juger par les rires nombreux et les applaudissements nourris qu’a reçu le film lors de la séance, ce qui souligne une tendance à un humour premier degré et artificiel très inquiétante, entamée par le show Jackass ou encore la série des «(insérer un genre de film ici) Movie ». Parodie sans affection n’est que pure méchanceté.

Bonsoir.

                                                                                                       Rick Randall

Note (authentique): L'Iran a banni en 2010 sous peine de poursuites pénales, la coiffure "mullet" (nuque longue) chez les hommes comme chez les femmes. La lutte est donc en marche.

 VERDICT: A voir pour la bande-son purement 90's qui vous rappellera les soirées camping "Les Flots Bleus", sortie A15 direction Alençon, ou si vous voulez une autre version de "l'agraire et les mulettes", d'Abdellatif Kechiche.

21 septembre 2012

FEFFS: Iron Sky, croix gammée et rayons gamma



Faites passer le mot : les nazis ont la cote. La formule est choc, mais la salle était bel et bien bourrée à craquer pour la projection d’Iron Sky à une heure pourtant bien tardive. C’est donc dans une ambiance joyeuse que se sont déroulées les 90 minutes pas mal barrées de cette comédie satirique acide et cinglante, placée sous le signe de l’hyperbole potache.

Petit projet indépendant finlandais devenu très costaud grâce aux fonds européens et à la magie d’Internet, Iron Sky prend la forme d’une main de fer dans un gant de fer : autant l’aspect visuel, travaillé aux limites d’un budget relativement important (6M d’euros) mais ridicule en comparaison à un blockbuster hollywoodien moyen que le script mordant et parfois tordant en font une sort d’hybride improbable d’esprit frondeur franchement indie et d’affichage d’influences du cinéma à spectacle ricain.
They Came From Düsseldorf ! ! !
Rassurez-vous, à l’intérieur c’est tout aussi graveleux et savoureux, jugez plutôt : en 2018, les nazis, qui s’étaient réfugiés tout ce temps sur la face cachée de la lune (les galopins), préparent l’invasion de rien moins que la terre entière, au travers d’une méthode éprouvée : le Meteorblitzkrieg. Découvrant par hasard  cet infâme complot, l’astronaute afro-américain James Washington va devoir traverser un tas d’épreuves pour faire échouer l’instauration du IVe Reich, heureusement "aidé" dans cette tâche par la Présidente des États-Unis, pastiche de Sarah Palin sous amphet’ en mal de reconnaissance politique.
A partir de ce prémisse, tout peut partir en vrille. Et croyez-le ou non, nos amis du froid se sont fait plaisir. Si l’aspect satirique est parfois très juste et même pointu, il tape aussi souvent sous la ceinture d’un Oncle San déjà plus bas que terre. On nous sert aussi au menu un commentaire sur le racisme complètement tordu dans sa morale, une guerre spatiale épique, un clin d’œil à Dr.Folamour et son apocryphe scène de bataille de tartes à la crème à l’ONU, des ralentis de politiques en train de faire un elbow drop à rendre jaloux Triple H, bref, on a guère le temps de souffler. Des effets spéciaux modestes mais spectaculaires pour leur budget et un casting à l’épreuve des balles (hilarant retour de la mascotte warholienne Udo Kier, qui n’est jamais loin quand on parle de nazis) viennent parachever ce paradigme du portnawak bas du front mais tellement, tellement réjouissant.
Le Nouvel Ordre Mondial sera fashion ou ne sera pas.
D’autant plus que le film, comme dit précédemment, se met en danger en s’attaquant au travers des nazis à la sacro-sainte bannière étoilée, tout en proposant une lecture formelle purement originaire d’Outre Atlantique. A la fois téméraire et terriblement hypocrite, l’équipe du film passe entre les mailles du filet et savoure jusqu’à la dernière miette la victoire un brin revancharde de l’Europe McDonaldisée sur les Mcdonaldiseurs.
Un indispensable du fun le plus primaire malgré des gags qui tombent parfois à plat, Iron Sky mérite sa réputation d’audace et d’ambition mélangées, et à mon avis plusieurs visionnages, pour bien se rendre compte que parfois sous l’action primaire se cache une lecture sardonique de la grandeur et de la décadence du libéralisme reaganien. Et puis ça fait toujours plaisir quand on reconnait que l’ONU est une organisation paresseuse, menteuse et incompétente, quand bien-même ce serait seulement à moitié vrai.

Bonsoir.

                                                                                         Rick Randall



  VERDICT: A voir après une cuite au schnaps et un bon double-cheese, ou si on n'a rien contre un peu d'humour qui fait des taches. De gras.

FEFFS: Resolution, embrouilla-très-mini



Aaron Moorhead et Justin Benson, le duo bricolo qui s’est occupé de A à Z de Resolution, sont des gens éminemment sympathiques. Fauchés mais malins, compétents mais pas  sérieux pour un clou, ils affichent un dynamisme bon teint et un vrai enthousiasme envers ce qu’ils considèrent plus que légitimement comme leur bébé.
Une fois encore, l'affiche ricaine est vachement mieux.
Pour la démarche difficile de réaliser de bout en bout un long-métrage qui tient la route avec un budget de  trois bouts de ficelle et d’une cabane familiale moisie, j’aurais bien envie de les noyer sous une avalanche de compliments. Cependant pauvreté des moyens n’excuse pas tout : sous des dehors créatifs et engageants, Resolution accuse le coup quand il s’agit de se pencher sur le contenu.
Michael, graphiste sympathique et futur papa, reçoit une mystérieuse vidéo de la part de son vieil ami Chris, un junkie marginal qui passe son temps dans les bois à l’est de San Diego à chasser le dragon et se consumer à petit feu. Il décide alors de venir au secours de son ami, enfermé dans une spirale qui l’entraîne petit à petit hors du monde. Réfugiés dans une petite masure en contreplaqué dans les bois, les deux compères vont à la fois devoir à la fois résoudre leurs ressentiments mutuels, leur haine de soi profonde en chacun mais s’exprimant différemment mais aussi et surtout faire face aux occupants de ces bois et à une menace pesante se manifestant au travers d’étranges documents que Mike va devoir collecter.
Le secret de Pipacrack Mountain.
Posé à la croisée des chemins entre surnaturel, drame intimiste et comédie absurde et ironique, ce petit film indé a tout pour plaire et prend le pari de ne pas choisir un genre prédéfini. Pourtant quand il s’agit de l’exécution, on sent que le parti-pris devient tiraillement, et l’on assiste vite à plusieurs couacs qui accumulés posant un grand tort au film. Entre scènes brouillonnes, dialogues d’exposition complètement clichouilles, caméra à l’épaule à vous coller la tête dans une bassine et dialogues à rallonge, le film se fait moins engageant sur le résultat que sur le papier, et prend parfois des chemins scénaristiques incongrus, sous la forme de longueurs franchement indigestes ou au contraire d’ellipses nanardes (l’escalade dans la violence de l’un des personnages complètement occultée, lui fait passer de calme avertissement à carnage meurtrier en l’espace de deux scènes), j’ai eu un peu de mal à en voir le bout, qui d’ailleurs est comme dans toutes les productions indé en queue-de-poisson.
Apposer un verdict arbitraire me serait donc inconcevable, tant Resolution, à l’instar de son pitch, part dans touts les sens, pour le meilleur (le duo principal, la photographie, les subtils effets spéciaux) comme le pire (l’écriture parfois au plomb, parfois à la plume de colibri, des personnages secondaires qui paraissent passer dans le champ plus qu’autre chose).
Une sorte de mille-feuilles indé à la sauce pas-un-rond donc, qui peut se draper dans sa vertu de premier film pour nous faire avaler ses couleuvres, sous prétexte que les auteurs « se cherchent encore », d’autant plus que ceux-ci ont un réel potentiel à exploiter. Finalement, on a presque plus envie de voir leur prochain exercice, au propre cette fois.

Bonsoir.
                                                                              Rick Randall


 VERDICT: A voir pour passer un bon moment, puis faire une sieste, puis passer un bon moment, puis faire une sieste, puis passer un...

19 septembre 2012

FEFFS: Excision, tripes à la mode de Caïn




            Ha. Haha. Hahahahaha. Mouahahahahaaaaa ! MOUAHAHAHAHAAA ! … Pardon. C’est juste que le visionnage même de ce film est aussi difficile que d’en écrire une critique sans tomber dans la tirade dithyrambique ou le chapelet d’insultes le plus primaire. Ce long métrage… est bipolaire. Ou schizophrène. Ou Dieu sait quoi d’abominable et de libérateur à la fois. On suit donc les pérégrinations dichotomiques de Pauline, ado de 18 ans au sein de sa vie quotidienne, partagée entre le lycée et sa famille. Jeune femme au physique ingrat et au comportement bizarre, elle ne se sent à sa place vraiment nulle part, et renfermée sur elle-même, tisse un canevas psycho-sexuel très.. personnel.
C'est la représentation la plus soft de l'obsession de Pauline pour la viande plus que bleue
            Les séquences de fantasme, qui ponctuent régulièrement l’intrigue, sont hautement stylisée et d’une crudité jubilatoire. Analynne McCord, qui joue le rôle principal, réussit l’exploit d’être parfaitement répugnante tout en étant profondémént sensuelle : Pauline, dans sa gaucherie touchante et ses extrapolations malsaines, est un personnage troublant qui jette un pavé dans la mare de la frontière entre folie pure et malheurs adolescents. Cette sociopathe fait vrai, dans un film qui se veut volontairement over the top : encore une fois, la dialectique offerte ici est dérangeante. Mais là où on bascule dans l’inconfort total, c’est quand l’intrigue souffle un peu et se paie le luxe de nous faire rire (le père de famille, joué par Roger Bart, a des réactions impayables à ce qui se passe autour de lui), avant de nous exposer à une violence crue et fortement sexuée : exposé à une tonne de stimuli contraires, le public dont je faisais partie se tordait sur son siège.
Si ça ressemble à un clip de Lady Gaga, on est bien sur le terrain du mauvais goût.
            On peut toutefois essayer de rationaliser ce visionnage en y imposant plusieurs couches analytiques toutes valables : à la fois fantaisie baroque et viscérale, satire sombre du carcan familial et de  l’adolescence, et descente vers la folie d’un personnage dont on ne sait si il est né ainsi où si on l’a poussé à agir de la sorte, Excision (oui , le titre aussi veut choquer exprès) pousse le vice au-delà de plusieurs limites et parvient à casser certains de nos préjugés. En dépit de sa fin absolument prévisible et d’une violence extrême, je me dois de dire que j’en ai apprécié un peu malgré moi le visionnage. Mic-mac foutraque ponctué de caméos tordants et de leçons de morales tordues, c’est le genre de film que l’on adore détester, ou que l’on déteste adorer.
Personnellement, le talent seul de la plupart des acteurs a déjà suffi à lui seul (sérieusement, la jeune McCord est une boule de charisme hyperconcentré) à me faire basculer du côté corrompu et profondément perturbé du cinéma d’horreur dans lequel se situe ce qui selon moi est une petite pépite indé, bien loin d’être parfaite et ô combien bourrée de clichés, mais saignante et savoureuse à souhait.
 Vous reprendrez bien un peu de Rumsteck ?


Bonsoir.

                                                                                                               Rick Randall


 VERDICT: A voir en compagnie féminine pour de nombreux grognements désapprobateurs, ou en famille si vous êtes un détraqué.

FEFFS: Le mur invisible, boule à neige dévastatrice


                 Est-ce la mort ? Est-ce que c’est ça la mort ? le LHC de Genève a enfin fini par altérer l’univers tel que nous le percevons ? Les martiens se livrent-ils à une sorte d’expérience démente ? Ces interrogations ont-elle seulement un but ? Pourquoi la notion même de temps et d’espace devient-elle d’un coup si vaine et si effrayante à la fois ?
            Attention. Ici on se trouve face à un monument. Mais un truc solide, du genre granite ou alliage tungstène-vanadium. Collaboration germano-germaine (en fait avec l’Autriche), Die Wand alias le mur invisible effleure à peine le sujet qui constitue son titre. Voici la seule relation connue : Une femme, jouée par une Martina Gedeck hantée, se retrouve piégée, mise sous cloche lors d’un séjour dans un relais de chasse autrichien au cœur des Alpes : une sorte de paroi, à la fois autre et matérielle, invisible mais clairement perceptible, l’empêche de rejoindre ce qu’il convient d’appeler notre réalité.
C'est sensé être le moment le plus joyeux du film.
Mais le cinéaste est un petit malin. Il nous éloigne vite de ce mur pour nous plonger dans la psyché de cette émule de Robinson Crusoé qui nous narre, durant tout le film, le compte rendu de ses errements saccadés et névrotiques : tout est dit en voix off, sans lyrisme mais avec une espèce de morgue clinique troublante. On plonge donc très très vite dans ce qui doit bien être le pire châtiment pour cet animal grégaire qu’est l’homme : la solitude absolue, non seulement spatiale mais temporelle : le temps, hors de la bulle de notre naufragée, semble comme figé et vient spiraler comme un vautour autour de la protagoniste.
Le film, au rythme un peu emprunté, suit donc deux années de cette vie infernale, mais pour ce que l’on en sait, cela pourrait aussi bien être toute une vie. Les paysages à couper le souffle des montagnes Autrichiennes se font tour à tour oppressants, hostiles ou bucoliques et charmeurs : indice de plus que le temps n’a pas cours, et que l’on vit en parfaite résonance avec les pensées, l’humeur et même l’inconscient de cette femme, qui passe de la dépression la plus noire à l’acceptation la plus macabrement allègre face à son sort.
Maintenant on sait comment les survivalistes du Sud Profond sont créés.
A l’approche de la conclusion, la narration s’effiloche et s’emballe : on sent que la flamme de la raison vacille, et pourtant tout ce fatras reste empreint d’une moiteur glacée à vous coller un rhume carabiné : la folie froide, opposée à des manifestations plus violentes dont on ne sait si elles émanent de la femme ou de ce qui lui arrive, s’empreint alors d’une mélancolie à la Poe (d’ailleurs, la corneille est un symbole fort du film). A défaut d’être touchant ou bouleversant d’humanité, le film est au contraire difficile à regarder, mais prend des risques qui paient : On est comme figé par l’angoisse existentielle sans recours qui habite cette pauvre âme, et l’on donnerait tout pour ne pas connaître cet affreux sort. But atteint, risques pris, actrice bluffante, photographie impeccable : la pari, aussi barré qu’il soit, est réussi. Glaçant.



Bonsoir.

                                                                                                                               Rick Randall


 VERDICT: A voir seul(e), en automne sous un ciel gris, avec du Brel en fond sonore. Gardez toute arme à feu loin de vous.

17 septembre 2012

FEFFS: The Pact, le fantôme de l'apéro


The Pact, premier long-métrage de Nicholas McCarthy, a connu une genèse particulière. Écrit et tourné au départ sous la forme d’un court-métrage, il a connu un succès lors des festivals underground où il fut projeté. Succès qui, la promo aidant, monta à la tête d’une équipe de producteurs qui s’empressèrent de présenter un joli miroir aux alouettes au jeune réalisateur, pour mieux le jeter dans la fosse aux lions. Et voici donc notre petit prodige aux commandes express d’une version rallongée (enfin, 89 minutes, c’est pas non plus Byzance) d’un produit fini qui, d’ailleurs, fait office d’incipit au film. Oui, vous ne rêvez pas, le court qui a fait fureur est ce qui constitue littéralement les 10 premières minutes.
Mais entrons en matière.
On nous refait même le coup du spiritisme. BOUH!
Nicole, jeune mère célibataire (1), est en deuil (2). Elle vient de perdre sa mère qui, on l’apprend au fil de la conversation avec sa sœur, était une harpie sans cœur (3). Suivant donc la logique la plus totale, elle décide de passer la nuit précédant la nuit précédant l’enterrement dans la maison de son enfance (4). On bascule alors dans le modus operandi du film : un objet tombe, le protagoniste va voir, une fenêtre claque, le protagoniste va voir (5), et ainsi ad libitum. Toutefois le court, qui tourne autour du personnage de Nicole et de ressentis plus allusifs qu’exhaustifs, trouve une conclusion satisfaisante et somme toute définitive. En effet, on ne verra plus jamais ce personnage durant les 80 minutes restantes, se centrant autour de sa sœur. Ce qui fait donc le lien entre le préambule et son long addendum, c’est… une conversation téléphonique. Rien de plus. Passons les nombreuses allusions hilarantes que je pourrais faire au cinéma hong-kongais des années 80 et ses 2-en-1 miteux reliés par un fil, et suivons donc notre nouvelle godiche.
Toute allusion à Birdemic est purement fortuite et illusoire. Mais quand même, j'ai bien ri.
Annie, pauvre, jeune et rebelle (6) est donc la fameuse sœur téléphone, qui arrive à son tour à la maison de l’angoisse la veille de l’enterrement. Et ce qui suit n’est qu’un maelström confus de références et autres clichés du film de revenant, mort du flic sceptique à l’appui et disparition de blonde sans intérêt en soutien d’un rythme plus que molasse. On ne peut pas dire que ce projet que l’on aurait facilement pu déclarer mort in utero crève l’écran. Sous le vernis de médiocrité narrative, on décèle pourtant un talent, et une envie de bien faire : McCarthy photographie et monte sa bouse avec soin, et le résultat est propre, lisible et léché. Cependant le brouet référentiel est si difficile à avaler que même avec une couche de chantilly, ça passe pas.
Trop gras, ennuyeux, affublé d’un début intrigant, un milieu fatigant et une fin plus que ridicule, The Pact n’est pas que médiocre. Il gâche un certain potentiel, ce qui ne le rend que plus diffamatoire, mais en même temps pose en creux une dénonciation du money grubbing des producteurs hollywoodiens qui pensent qu’une poule aux œufs d’or s’élève en batterie.



Bonsoir.

                                                                                 
                                                                                                                              Rick Randall

PS: les nombres sont là pour marquer les verres que vous prendrez si vous jouez au jeu à boire des lieux communs du film d'horreur. Mais j'ai arrêté de compter.

 VERDICT: A voir si on est photographe compulsif (les clichés, ha, ha) et/ou si on a une passion morbide pour le dark side of the prod made in Hollywood.

15 septembre 2012

Annonce: Semaine du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg (FEFFS)

   
           
 It's the most wonderful time of the year... Non, ce n'est pas encore Noël, mais bel et bien la 5e édition d'un festival qui, à défaut de retentir dans la cour des grands internationaux (grr... Deauville...), procure à petits et grands, et pseudo-critiques de catégorie Z du web une semaine d'intense joie par procuration. 
             Le FEFFS, outre son acronyme hilarant, nous mitonne en effet chaque année une programmation riche en ce qui se fait de mieux en terme de frissons bis, de gore indé et de vieux de la vieille, classiques comme nanars, à redécouvrir dans l'ambiance juvénile (et insalubre) d'une salle de cinéma. Alors approchez, carrez vos fesses dans ce velours rouge bon marché, car voici venir une semaine spéciale dans l'activité de ce site. Non, je ne danserai pas nu en piétinant un drapeau américain (quelle drôle d'idée), mais je me complairai à dire ce que j'ai pensé à propos de films dont vous n'aurez probablement aucune chance de voir n'en serait-ce que le titre, puisque la plupart ne seront pas distribués en-dehors du festival. Cependant, en cas de revue oldies, j'essaierai pour éviter toute redondance de me documenter un peu sur les tenants et aboutissants du film en question, et ainsi d'éviter (au maximum) une énième analyse du symbolisme de Shining, ou un Xème diagnostic freudien de Norman Bates.

En attendant, tremblez, pauvres fous !

                                                                                       Rick Randall


VERDICT: A voir sans modération aucune, ne laissez pas votre porte-monnaie dicter sa loi, bande de moutons cacochymes.

13 septembre 2012

Ciné: Des hommes sans loi, liqueur de pruneaux


Adaptation de la vie romancée d’une vraie fratrie de contrebandiers sous la prohibition, le nouveau dossier dans le tiroir « film de gangsters à fédoras et sulfateuses » s’avère chargé. En un peu moins de deux heures, John Hillcoat réussit l’exploit de comprimer deux histoires d’amour, une histoire d’amitié, une chronique de la vie paysanne et une intrigue de polar, vendettas et explosions à la clé.
"Comment peux-tu te refuser à moi? Je suis le meilleur ami d'Optimus Prime !"
Pourtant, le film reste incroyablement lisible, qualité intrinsèque à son réalisateur qui se plaît à intégrer  une foultitude de petits plans explicatifs ou mettant en contexte l’action. Ce qui fait que les nombreux axes narratifs s’embrouillent rarement  et n’en deviennent que plus digestes. On suit donc à l’écran les pérégrinations de Forrest (un Tom Hardy en bonne forme), Howard et Jack (Shia LaBeouf, qui a toujours l’air sur le point de pleurer) Bondurant et leur ascension au sein des distilleurs clandestins de Virginie, au temps de la Grande Prohibition. Jack, le cadet, rêve en grand et se voit déjà caïd, mais ses ambitions sont étouffées par le taiseux Forrest qui ne voit en lui qu’un gringalet peu sûr de lui, bref un petit frère effacé, donc modèle.
Ici, on entre dans ce qui fait la chair du film : la relation entre les frères, portée par des acteurs qui jouent sur un fil, donne une impression de vie saisissante et on est vite amené à souhaiter la victoire de ces outlaws portés sur la bibine frelatée. Hillcoat vient du western (The Proposition) et sait dresser un décor et des personnages crédibles.
Après il est aussi vrai qu’ils font face à des forces de la loi dépeintes comme brutales, froides et promptes au cabotinage pseudo-gestapiste. Je vise en particulier l’agent Rakes (joué par l’acrobatique Guy Pearce, méconnaissable), sorte de crotale anthropomorphe prêt à tous les coups bas et tous les coups tout court. C’est bien simple : tous ceux qui crachent sur Shia LaBeouf se doivent de voir une certaine scène où Jack se retrouve plus qu’en mauvaise posture face à Rakes.
"Où est l'arche t'allianz, Tokteur Jones? Woups, mauvais script."
D’ailleurs, en parlant de violence : elle est par-tout. Le film se situe certes dans une époque brutale, mais ici on n’en perd pas une miette, et de nombreuses fusillades endiablées diffusent leur odeur de cordite dans les vapeurs d’éthanol des alambics de cambrousse. Ici donc le style très démonstratif du réalisateur s’accommode très bien du sang, de la sueur et des larmes et dévoile tout son potentiel dans un film de genre qui ne s’aventure pas sur le terrain de la subtilité, mais à aucun moment n’en affiche la prétention.
Des hommes sans loi nous conte donc une histoire à tiroirs mais sans surprise, mais dotée d’un casting à toute épreuve et malgré le ton caricatural qui découle probablement des vieux archétypes Sergio-léonesques (les bons truands, la brute et les truands), constitue une solide entrée dans le genre, aidé il est vrai par quelques plans extérieurs gérés avec maestria et une propension à l’action qui donne une ambiance fiévreuse à ce qui aurait vite pu devenir un gangster-flick lambda de plus. Et ce malgré l’une des fins les plus capillotractées de l’année.



Bonsoir.

                                                                                                                                 Rick Randall


 VERDICT: A voir sans se prendre la tête, ou si on aime les péquenots qui marmonnent leur illettrisme à la face du monde.

12 septembre 2012

Ciné: Killer Joe, dans le graillon et le sang


A bien y regarder, le Texas est une terre de cinglés. D’Ed Gein à Norman Bates, de Leatherface à Lou Ford en passant par Anton Chigurh, les psychopathes texans sont légion à la fois dans le monde du cinéma et dans la vie de tous les jours. Eh bien, dans la famille chtarbés du Sud, je demande le flamboyant cousin : Joe Cooper, alias Killer Joe (Matthew McConaughey).
OK, OK, l'affiche américaine a la classe.
Policier dans la banlieue de Dallas le jour, tueur à gages la nuit, le personnage de Joe s’immisce dans une sale histoire d’assurance vie quand il est contracté par les Smith père et fils, probablement les êtres les plus stupides jamais portrayés sur celluloïd hors-parodie, pour tuer leur épouse et mère afin d’empocher la coquette somme de… 6250 dollars chacun. Le souci, c’est que les contrats de Joe ont un prix bien plus élevé lorsque rien ne se passe comme prévu. Et les Smith, spécialistes ès plans foireux, vont devoir affronter la vraie nature sociopathe de celui qui devait juste leur « rendre un service ».
Retour derrière la caméra de William Friedkin (L’Exorciste et autres thrillers), Killer Joe s’inscrit dans un schéma déjà bien rôdé par ses grands frères No Country For Old Men et  The Killer Inside Me : un plan simple qui tourne qu vinaigre, dans un décor de mobile-homes et motels miteux, bars de strip-tease et ruelles du fin fond de Fort Worth, avec train de marchandises qui passe derrière en option. Filmé au néon et à la bière, rien de ce qui pourrait se passer de violent ou de choquant ne nous est épargné ici, et les personnages tous plus moralement discutables que les autres (mis à part l’innocente vierge prête à être sacrifiée, ici dépeinte en simplette exploitée par sa famille) s’affrontent à coups de fausses politesses, de regards glacés et de barre à mine.
Qui c'est qui va se prendre un procès par Marlboro?
Difficile néanmoins d'afficher plus qu'un léger amusement malgré l’avalanche d’horreurs et de crasse que le film nous montre. Pourquoi ? Eh bien parce que Killer Joe, tout aussi cabotin et amusant que soit son sociopathe éponyme, sent le réchauffé. 
          Certes Friedkin est toujours un cinéaste talentueux et arrive à insuffler une certaine atmosphère à son film, mais Michael Winterbottom ou encore les frères Coen ont déjà tourné des histoires trop similaires dans des lieux trop similaires, et ce il y a quelques années. Du coup, un peu comme la cavalerie dans Lucky Luke, le réalisateur arrive quand la fête est déjà finie  et que les Indiens sont rentrés préparer le pemmican pour Thanksgiving. 
         Mais ne vous détrompez pas : McConaughey reste l’attraction principale et nous prouve qu’il en a encore sous la pédale après des années de traversée du désert. Ce qui fait de Killer Joe un personnage haut en couleurs dans un film un peu creux et basculant trop facilement dans les lueurs foraines du film bis d’exploitation (tort déjà reproché à Winterbottom avec The Killer Inside Me et sa fameuse scène où Jessica Alba se prend une raclée jubilatoire). Divertissant, mais loin d’être mémorable.


Bonsoir.


                                                                                                          Rick Randall



VERDICT : A voir si vous n’avez rien contre un énième quiproquo violent, ou si vous aimez faire pétarader vos Harley même quand vous êtes seul dans votre garage.

03 septembre 2012

Ciné: Broken, à nous les petites anglaises (et le Prozac)



Ah. Les suburbs anglais. Mouimouimouimouimoui…. Toujours aussi peu reluisants, à ce que je vois. Les enfants jouent dans les casses auto, s’ébattent à peine pubères, abrutis par les messages sur-sexualisés que leur envoient les cols blancs de la City. Les mères sont en peignoir, les pères forts en gueule règlent leurs comptes dans la bile et le sang. Dickens serait ravi d’avoir encore un filon à exploiter de nos jours, lui qui était si plein d’espoir en l’avenir de la working class des sujets de sa Très Gracieuse Majesté.
Le complexe d'Electre lui va comme un gant.
            C’est dans cet univers que s’épanouit tant bien que mal, arbuste cherchant le soleil sous la canopée de la jungle péri-urbaine, la petite Emily, alias Skunk (Eloise Laurence). Skunk a 11 ans à la fin de son dernier été d’innocence. Elle redoute l’entrée dans le monde des grands, le collège, les garçons, la violence de la vie qui défèrle et jamais ne dévie. Heureusement, son père, c’est Tim Roth, enfin je veux dire Archie (oui, Tim Roth est à ce point là reconnaissable et charismatique), et elle connaît son futur prof, Mike (Cillian Murphy), avec qui elle aimerait bien partager ne serait-ce qu’un baiser, pour voir ce que ça fait quand on embrasse son héros.
            On assiste donc dans un court laps de temps à la vie légèrement romancée et plutôt bien filmée de ce petit monde fait de bric et de broc, mais dans lequel le système D ne peut pas rafistoler les cœurs, les gens, les familles brisées. Car oui, il y a de la casse. Un peu, puis beaucoup, pour finir par une véritable tragédie. Skunk perd ses repères, elle essaye de comprendre que tout ne peut pas être noir ou blanc, mais son entourage ne cesse de la fourvoyer.  Et puis involontairement, délicatement, finit par lui causer du tort. Mais puisque Tim Roth est son papa, elle va s’en sortir, pas vrai ? Eh bien on ne sait pas vraiment. Le film veut nous montrer une sorte de happy end, mais extrêmement affadi, et pouvant (intentionnellement ?) prêter à confusion.
Encore une pauvre victime de l'ego de Tim Roth. C'est que ça mord quand ça grandit, ces bêtes-là.
            Mais pourquoi, ô pourquoi alors ce film m’a-t’il fait si peu impression, malgré une plongée au cœur du spleen anglais qui avait tout pour plaire ? Les acteurs, impressionnants de justesse se donnent tous à fond et nous montrent un exhaustif panel humain, inquiétant, effrayant, attachant, violent. L’histoire, sur le papier, sans casser trois pattes à une pendule, pouvait aussi rendre quelque chose de viscéral et remuant, mais le rythme bizarre et la manière de filmer un peu trop policée (bien que la photographie et les angles soient beaux) rendent le tout bien trop digeste et formaté pour un estomac en quête de vrai ciné indépendant.
            Encore une fois, je tire mon chapeau aux acteurs qui restent seuls à prendre en charge un film plus déprimant que bouleversant, et que je redoute d’oublier aussi vite que vous cet article, un brin fade et je m’en excuse, mais il y a des séances au terme desquelles on n’a pas vraiment envie de plaisanter.

Bonsoir.


                                                                                                     Rick Randall


VERDICT: A voir pour les acteurs. Sérieusement. Ou si vous aimez les respirations bizarres et inconfortablement proches de vous. Mais qui aime ce genre de choses?

01 septembre 2012

Ciné: WRONG, l'hubris insoutenable de l'habitus



Quentin Dupieux est un homme intelligent. En tant que tel, il est de sa responsabilité d’être fatalement angoissé à propos de tout, et d’en parler depuis son piédestal (pied d’estal est aussi une orthographe acceptée). Drapé dans sa vertu très actuelle d’amateur éclairé, le voilà qui s’évertue à mettre en charpie le quotidien de l’américain moyen, job pourri et voiture en leasing inclus dans la boîte.
Dolph (Jack Plotnick) se réveille un matin comme tous les jours à 7h60 pour constater que son chien Paul a disparu. Je ne m’étendrai pas plus avant sur la réalité ou même la tangibilité de ce chien-concept, enfin bref son quotidien est bouleversé. On se retrouve donc à cahoter à ses côtés dans un monde dystopique dérangeant. Le message est clair, Dupieux veut nous rendre la tâche aussi inconfortable que possible. En fait il nous frotte même le nez contre un défilé de situations à peine décalées de la réalité, filmés de façon à envahir notre espace personnel : on est dans un métro bondé de personnages atypiques, forcés d’expérimenter un contact forcément déplaisant avec nos 5 sens.
"Qui je dois poignarder pour sortir de cet asile d'aliénés?"
Le truc qui nous sauve d’un inévitable repli en position fœtale, assourdis par nos propres cris désarticulés, c’est que tout ce foutraque fatras s’empreint d’une légèreté toute britannique pour nous servir, accrochez-vous bien, une COMEDIE. Oui, ici on joue subtilité et sous-jacence, on pète dans la soie jusqu’à plus soif. Ca arrache quelques sourires parfois, mais trop souvent on a envie de faire « pshht ! » à l’écran, pour que le carcan formel et superficiel que s’impose le réalisateur disparaîsse, et que la satire acerbe se dévoile sans fard.
Parce que de ce point de vue-là, le film fait mouche à tous coups. Comme dit, on voit
bien que ce sont des gens malins qui se tiennent derrière la caméra et du coup l’american dream en prend salement pour son grade et se dévoile comme un véritable chaos déshumanisant où l’homme finit par agir contre sa propre nature et adopte des comportements (ici distordus à l’extrême) profondéments anti-sociaux. Sur ce point là seul, le concept tient la route et mérite notre attention.
C'est ce genre de visuel réussi qui paradoxalement masque le fond de l'histoire.
            Mais bien malgré moi, j’ai eu en définitive plusieurs soucis avec ce film. Le premier, c’est que Quentin Dupieux jouit d’une réputation d’esthétisme légèrement surfaite qui risque de nuire au fond de la trame du film (c’est joli, c’est décalé, donc on ne va pas plus loin), et le second, que tout ce que j’ai écrit soit invalidé par moi-même suite à un second visionnage, tellement j’ai peiné à discerner ce qui me semblait comme l’analyse la plus plausible de ce qui en définitive n’est peut-être qu’un ovni de plus orbitant autour de la planète Ironie, sur laquelle il fait bon vivre…tant qu’on ne tombe pas de son piédestal.

Bonsoir.

                                                                                                               Rick Randall



VERDICT: A voir si l'on possède un don d'extralucidité ou si on en est seulement à la troisième traite du crédit d'un charmant pavillon de banlieue crépi rose / Renault Scénic / écran plathodique 10 couleurs.